Depuis le mois de juillet, le marché de Bimbo, près de Bangui, la capitale centrafricaine, croule sous les ordures. Excédés par l’inaction de la municipalité, les marchands et riverains s’organisent pour nettoyer les lieux, et s’interrogent sur l’absence de solution.

Des tas de feuilles de peaux de maïs séchées, de plastiques ou de paniers en plein milieu d’un marché : c’est le spectacle visible sur les images de Chris Can, l’un de nos Observateurs à Bangui, qui nous a fait parvenir les 16 et 19 août deux vidéos montrant la situation au marché de Bimbo, une commune située en périphérie de la capitale centrafricaine.

Cette situation, qui dure depuis près d’un mois, agace les vendeurs et les riverains, comme l’explique notre Observateur :

D’abord, il y a les odeurs nauséabondes, avec une prolifération des moustiques. Donc le sujet devient une véritable question de santé publique. Ce marché est devenu insalubre : je l’appelle ‘Bimbordures.’
 

Notre Observateur est d’autant plus inquiet qu’il a suivi la rénovation du marché de Bimbo depuis ses débuts. En août 2018, ce marché avait ainsi été inauguré en grande pompe par Faustin Archange Touadéra, le président centrafricain, en présence de représentants de l’Union européenne.

À Bimbo, plusieurs infrastructures, dont le marché, avaient été rénovées grâce à plus de 3,7 milliards de francs CFA (environ 5,6 millions d’euros), fournis par le 10e Fonds européen pour le développement

37373923_1915354405183639_6001108965180571648_n.

« Les commerçants continuent de payer des taxes, mais la mairie ne nettoie rien »

Pourtant, un an après, la situation s’est fortement dégradée, comme l’explique Yves Bossokombo, président des commerçants du marché de Bimbo :

Les voisins du marché et les commerçants sont dans l’embarras : non seulement les déchets s’accumulent et dégagent une odeur nauséabonde, mais en plus, lorsqu’il pleut, ces déchets bouchent les canaux d’évacuation. Chaque jour, il y a environ 8 nouveaux mètres cubes d’ordures qui s’entassent, donc cela devient difficile à gérer.
 

Dans le marché, nous comptons environ 360 commerçants réguliers dans des boutiques, et environ 2 000 petits marchands. Chacun paie une taxe journalière à la mairie, qui varie entre 100 et 250 francs CFA [entre 15 et 40 centimes d’euros, NDLR] : cette somme doit normalement servir à payer des agents d’entretien qui viennent nettoyer les déchets.

Mais depuis un mois, ils ne peuvent plus le faire, car leur camion est en panne et n’a toujours pas été réparé. Il y a un autre camion, mais celui-ci a été loué à une brasserie pour le ramassage de ses ordures ! Malgré les taxes payées par les commerçants, la mairie est donc dans l’incapacité de nettoyer ce marché.
 

68833526_1790530801092066_2227152933403754496_n

« La fréquentation du marché est en chute libre »

Ce n’est pas le seul problème qui touche ce marché à Bimbo : il y a eu aussi eu, ces derniers mois, le vol de congélateurs de 600 litres utilisés par les bouchers, qui n’ont toujours pas été retrouvés ou remplacés. On a un peu le sentiment que la résolution des problèmes de ce marché n’est pas une priorité.

Tout cela a évidemment un impact sur la fréquentation du marché, qui est en chute libre. Beaucoup de commerçants se plaignent, et certains ont quitté ce marché pour aller vendre leurs produits au marché central de Bangui.
 

Pour tenter de régler la situation, un collectif de citoyens a ramassé trois tonnes d’ordures le 17 août. Mais il n’a pas trouvé de partenaire pour enlever l’ensemble des déchets pour l’instant.

Le 15 août, une marche a également été organisée dans le quartier de Bimbo pour dénoncer la situation, mais elle a été dispersée par la police.

Le maire de Bimbo affirme vouloir « faire au mieux pour répondre aux demandes dans la commune »

Contacté par France 24, le maire de la commune de Bimbo s’est dit surpris d’être contacté à ce sujet alors que « d’autres marché en Centrafrique sont dans le même état ». Il précise :

Les problèmes ont commencé avec la saison du maïs, et la majorité des déchets dans les tas d’ordures sont des peaux de maïs. Cependant, je regrette que des individus qui n’ont rien à voir avec le marché en profitent pour venir jeter leurs déchets sur ces tas, ce qui empire la situation.Effectivement, nous avons actuellement un problème avec notre camion principal qui est en panne. Quant au second camion, la mairie a été sollicitée par une brasserie pour venir récupérer ses déchets, contre rémunération. Nous essayons de faire au mieux pour répondre aux demandes dans la commune, qu’elles soient publiques ou privées.

Pour l’instant, sur le marché, il y a des agents qui viennent enlever manuellement des déchets. Nous souhaitons faire une « opération musclée » avec quatre camions pour enlever ces ordures. Mais pour l’instant, nous n’avons pas pu louer de tractopelle, nécessaire à cette opération. J’espère que nous pourrons le faire dans la semaine.
 

Article rédigé par Alexandre Capron (@alexcapron).