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Archives du 19/03/2018

CENTRAFRIQUE :POURQUOI LA FRANCE TIRE T-ELLE SUR UN CADAVRE?

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Archange Faustin Touadera est un bantou de la veine la plus traditionnelle, celle qui conserve encore la tradition de polygamie. Époux de deux femmes, heureux père de 4.000.000 d’enfants, il est certainement considéré comme l’incarnation du mal car sa vie est pourtant loin d’être idéale. 

Sa première femme (La France) lui a été imposée par la colonisation, et la seconde (La Russie) est un choix personnel, géostratégique. L’homme est partagé entre ses deux amours. Ces derniers temps, Bangui bruissait de rumeurs de possible divorce entre la première femme et Bangui, entre Emmanuel Macron et Faustin Archange Touadera .

La semaine dernière, le ministre de la Communication et porte-parole du gouvernement Ange Maxime Kazagui, instruit lors du dernier conseil des ministres par le président Touadéra, rassure ceux qu’il qualifie des partenaires traditionnels de la Centrafrique notamment la France, de ne pas songer à une quelconque mésentente entre elle et la Centrafrique.

Pour le ministre de la Communication et porte-parole du gouvernement Ange Maxime Kazagui, il est hors de question que le président Touadéra abandonne la France. Un déplacement éclair du président Centrafricain en France pour des éclaircissements aurait reçu une fin de non-recevoir de la part des autorités françaises.

Pourtant, bien avant Faustin Archange Touadera, certains de ses prédécesseurs ont été poussés vers la sortie par la France. Loin de dresser une liste non exhaustive, Rappelons les cas de Boganda(Assassiné), Dacko, Bokassa, Kolingba, Patassé et Bozizé destitués comme des moins que rien.

Le président centrafricain actuel, au pouvoir depuis deux ans, est alors accusé d’être au cœur d’un vaste système de brouille diplomatique alors qu’en réalité, il se bat corps et âme pour sortir son pays de sa situation incompréhensible. Le scandale réside dans le fait que malgré la présence française Touadera a opté pour une diplomatie diversifiée avec des partenaires multiformes.

Mais pour combien de temps Touadera tiendra-t-il encore?

La France considère ce pays comme sa chasse gardée parce que la République Centrafricaine (la RCA) et d’autres anciennes colonies françaises en Afrique centrale et occidentale constituent ce qu’on appelle la « Françafrique », c’est-à-dire que depuis l’indépendance, il ont gardé des liens étroits avec la France, l’ancienne puissance coloniale, avec laquelle ils sont liés non seulement par des accords de défense, mais également par une monnaie commune, le franc CFA, qui était d’abord indexé sur le franc français, et, donc dépendant du ministère des finances français, puis, à présent sur l’euro.

La présence russe représenterait selon des sources françaises un signe politique indiquant l’affaiblissement de la position de la France sur le plan international.

La Russie, comme toutes les grandes puissances, ne se contente pas de faire tout cela avec « la bonté de cœur de ses dirigeants », mais pour obtenir des avantages physiques tels que des contrats d’extraction rentables dans ce pays riche en minerais, où vivent des populations pauvres mais qui disposent de richesses telles que les réserves de pétrole, de diamants et d’uranium .

Ce n’est pas la seule raison pour laquelle la Russie fait cela, car il y en a une plus pressante pour expliquer la volonté de Moscou de s’engager dans des aventures africaines, c’est celle de fournir à la Chine, dans le cadre du partenariat entre les deux États, une valeur stratégique qui va équilibrer les apports fournis par son partenaire..

Et donc, ‘’ Rompre les relations diplomatiques » n’est pas exactement le terme ici parce que la France ne peut pas se passer de l’Afrique en général et de la Centrafrique en particulier.

En fait, l’ancien président Jacques Chirac avait reconnu, en 2008, que « sans l’Afrique, la France sombrera au niveau d’un pays du Tiers Monde » (Philippe Leymarie, 2008, Manière de voir, n°79, février-mars 2008).

« La France intervient en Afrique pour assurer sa propre survie en tant que pays et en tant que grande puissance ».

François Mitterrand, le prédécesseur de Chirac, avait déjà prédit en 1957 que « sans l’Afrique, la France n’aura pas d’histoire au XXIème (François Mitterrand, Présence française et abandon, 1957, Paris : Plon).

L’ancien ministre des Affaires Étrangères, Jacques Godfrain, avait, pour sa part, confirmé qu’un petit pays [la France], peu puissant, « peut soulever des montagnes grâce aux relations qu’il entretient avec 15 à 20 pays africains ».

Cette attitude des autorités françaises est en adéquation avec la politique que la France mène en Afrique, la « Françafrique », et qui a pour objectif de perpétuer les « relations spéciales » qu’elle entretient avec ses anciennes colonies africaines
Il est parfaitement justifié de dire que c’est la France qui est un fardeau pour la RCA et ses autres anciennes colonies en Afrique, pas l’inverse.

Et donc l’indépendance totale pour la RCA, à la fois politique et économique, signifie la fin de la « Françafrique ».

La France, qui dispose d’une présence ancienne et multisectorielle, reste le premier investisseur en RCA. En dépit des crises successives et de pertes financières parfois lourdes, on compte aujourd’hui plus d’une vingtaine de sociétés françaises implantées en RCA sur des secteurs structurants tels que Air France, Bolloré (logistique et transport fluvial), Castel (boissons et sucre), Total (stockage et distribution des produits pétroliers).

Leur contribution à l’effort national est conséquente.La France compte isoler le pouvoir de Bangui sur la scène internationale en utilisant plusieurs systèmes pour noyer Faustin Archange Touadera. Le soutien de l’Europe, c’est que toutes les puissances européennes sont actuellement unies dans leur crainte de la forte présence de la Chine en Afrique.

La Centrafrique, ce pays potentiellement riche et de plus en plus courtisés (riche en bois, en ressources agricoles et en minerais, dont les diamants, le pétrole et l’uranium) est en passe d’échapper au contrôle de la France.

C’est ce qui est véritablement en jeu dans les menaces de la France contre Touadera. On sait que Touadera, comme l’ancien président François Bozizé de la RCA, se sont attirés des ennuis avec leur maître – c’est-à-dire, la France – parce qu’ils se sont tournés vers la Chine ou la Russie pour conclure une coopération « gagnant-gagnant ».

Sous d’autres cieux et surtout dans le monde arabe, une telle menace aurait suscité des réactions de la rue et des populations.

Mais pourquoi, une union sacrée ne se crée t-elle pas autour de Touadera ?

Beaucoup à Bangui, comme au sein de la communauté internationale, doutent de sa capacité à restaurer une paix durable. L’unité nationale est effritée par les jeux du pouvoir qui gouvernent qu’avec une clique de parents, d’ amis excluant certaines entités politiques et communautaires.

Au lieu de soutenir Faustin Archange Touadera, ses adversaires et détracteurs acclament son isolement diplomatique par la France et s’activent à faciliter son départ prématuré n’eut été la présence de la Minusca.

Dans le contexte actuel, Pourquoi la France tire t-elle sur un cadavre ?

Touadera sera t- il capable de résister à l’assaut français ?

Sera-t-il promptement démis de ses fonctions comme l’atteste le ravitaillement des rebelles en armes par les grandes puissances ?

L’ONU permettra-t-il que Touadera tombe comme un château de cartes ?

QUI VIVRA ENCORE VERRA.

Bangui, le 19 Mars 2018

Par Charlie Joseph LARABO

 
 
 
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