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Archives du 16/03/2018

CENTRAFRIQUE FLASH-INFO : COMMUNIQUE DE PRESSE – ARRESTATION A BRIA D’UN LEADER ANTI-BALAKA AU COURS D’UNE OPÉRATION DE LA MINUSCA

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Bangui, le 16 mars 2018 – La Mission multidimensionnelle intégrée des Nations Unies pour la stabilisation en République centrafricaine (MINUSCA) a mené ce matin à Bria (préfecture de la Haute Kotto) une opération qui a abouti à l’arrestation du leader anti-Balaka surnommé ‘Ramazani’, de son vrai nom Jean Francis Diandi, en application d’un mandat d’arrêt émis par les autorités centrafricaines.
 

CENTRAFRIQUE: Après avoir fui la guerre, des Sud Soudanais perdus en Centrafrique ​

Des Sud-Soudanais devant l'église du camp de réfugiés d'Obo, en Centrafrique, le 18 février 2018.
Crédit Photo:Des Sud-Soudanais devant l’église du camp de réfugiés d’Obo, en Centrafrique, le 18 février 2018/afp.com – FLORENT VERGNES

Ce vieux monsieur de 72 ans reste hanté par la mémoire de ces « hommes du gouvernement sud-soudanais » qui ont « tué des civils et brûlé des maisons » dans son village de Source Yubu au Soudan du Sud. « Ils pensent que les rebelles sont dans la brousse et que la population les ravitaillent en nourriture », dit-il.

A Obo, ils sont 2.000 Sud-Soudanais comme lui à avoir franchi la frontière pour gagner le camp de réfugiés de la ville avec l’espoir de trouver la paix en Centrafrique. Mais ils ont découvert un pays ravagé par la pauvreté, les conflits et où plus de la moitié de la population dépend de l’aide humanitaire.

Au total, plus de 4.000 personnes ont fui la région d’Equatoria-occidental, dans le sud-ouest du Soudan du Sud, vers l’est de la Centrafrique depuis 2015, selon l’ONU.

En 2016, l’ONU a mis en place un camp à Obo, qui accueille la moitié de ces réfugiés, alors que certains ont déjà choisi de rentrer chez eux.

– Entre hostilité et menaces –

Car Obo n’est pas un sanctuaire de paix espéré: les Sud-Soudanais qui y sont restés se disent coincés entre l’hostilité d’une partie de la population et les menaces des groupes armés qui rodent à l’extérieur de la ville.

Comme les autres réfugiés, Justin a été rattrapé par la guerre opposant depuis décembre 2013 des clans du Mouvement populaire de libération du Soudan (MPLS), ancienne rébellion ayant mené le Soudan du Sud à l’indépendance en 2011. Le conflit a fait des dizaines de milliers de morts, quatre millions de déplacés et provoqué une crise humanitaire catastrophique.

« J’habitais à Wau, quand les rebelles de Riek Machar (ex-vice président sud-soudanais et rival du président Salva Kiir) ont attaqué la ville », raconte Nicolas Anthony, arrivé à Obo en octobre 2016.

« Beaucoup de Dinkas (ethnie affiliée à l’Armée populaire de libération du Soudan, l’APLS, du président Kiir) ont été tués à Wau.

Cette ville du nord-ouest du Soudan du Sud « est devenue le terrain d’une +guerre des ethnies+, les Dinkas ne voulaient plus d’autres ethnies, ils voulaient rester seuls », dit-il.

– Réfugiés ‘sans droits’ –

« Vous savez, il y a beaucoup de tombeaux ici », ajoute-t-il en évoquant la vie au camp où de nombreux réfugiés sont morts par manque de soins.

Tous ceux interrogés racontent les mêmes difficultés: « on a même dû vendre les ustensiles de cuisine distribués par l’ONU pour s’acheter à manger », abonde Moise Valentino, 39 ans.

Cet agriculteur a bien tenté, comme d’autres, de se faire embaucher localement par des Centrafricains pour des travaux agricoles.

« Mais ils refusent de nous payer! Ils disent qu’on n’a pas de droit, qu’on a qu’à retourner au Sud Soudan! » s’énerve-t-il.

D’autres s’éloignent dans la brousse pour trouver des lopins de terre inoccupés mais, là encore, les problèmes surviennent.

« A chaque fois qu’on débroussaille un endroit, un natif d’Obo vient dire que c’est à lui. Donc on doit s’éloigner mais pas trop loin, car il y a la LRA », l’Armée de résistance du Seigneur (LRA), une des guérillas les plus sanglantes du monde, déplore James Simon Uffo, 32 ans.

Cette rébellion ougandaise créée par Joseph Kony continue ses exactions aux alentours d’Obo, malgré une traque de plusieurs années menée par les forces ougandaises et américaines qui l’a considérablement affaiblie.

– Rêves de foot –

Les réfugiés sud-soudanais doivent aussi composer avec les Peuls, des éleveurs de bétail transhumants. « Nous n’avons pas de bonnes relations avec eux. Quand on fait notre +petit jardin+, ils passent et le détruisent. On ne peut rien dire, ils sont armés (et rôdent) à 8 km de la ville », déplore James Simon.

A ces menaces s’ajoute la crainte de voir le conflit centrafricain débarquer à Obo. « Zemio et Mboki ont été attaquées, ça pourrait arriver ici aussi. On est chrétiens donc on pourrait se faire attaquer », redoute James Simon Uffo.

De fait, le sud-est de la Centrafrique a été le théâtre de nombreuses violences meurtrières en 2017 entre groupes armés, tantôt pour la conquête territoriale, tantôt pour le contrôle des ressources naturelles.

Face à ces difficultés, James Simon a renoncé à tous ses rêves, sauf un: des chaussures de foot et un ballon.

« On reste ici à penser à notre pays, à notre famille. Si on pouvait jouer au foot, on pourrait un peu oublier notre malheur », dit-il.

 

 

CENTRAFRIQUE : la crise centrafricaine s’enlise dans l’indifférence totale

Certains pourraient dire que la Centrafrique est un pays maudit, tellement ce qui arrive à ce pays est tellement grave, triste, surtout incompréhensible, car le sang ne cesse de couler depuis bientôt 5 ans, sans qu’il y ait une véritable solution. C’est à se demander si le sang qui coule dans les veines des centrafricains est rouge comme pour tout être humain ?

Comment comprendre un tel abandon devant des milliers de morts qui ne cessent de s’accumuler, devant une crise humanitaire sans précédent que vivent ces Centrafricains qui ont dû quitter chez eux, obligés de vivre comme des réfugiés (les déplacés) dans leur propre pays ? Malheureusement cette situation dure depuis bientôt cinq ans. Et pourtant le pays abrite l’une des plus importantes mission de maintien de la paix, la Mission Multidimensionnelle Intégrée des Nations Unies pour la Stabilisation en Centrafrique (MINUSCA), la deuxième en termes d’effectifs avec 12 000 hommes, derrière la MONUSCO, en Rd Congo, qui en compte plus de 20 000.

La force onusienne, la Minusca qui est placée sous le chapitre VII de la charte des nations unies, est censée protéger la population par tous les moyens, y compris par la force armée comme l’y autorise son mandat. Mais force est de constater que la situation sécuritaire ne s’améliore guère et au contraire, elle tend à devenir encore plus chaotique. Les combats qui ont secoué dernièrement la ville de Paoua, ville située dans l’Ouham-Pendé en sont la parfaite illustration, même si aujourd’hui, une certaine accalmie est revenue dans la ville avec la présence des forces onusiennes accompagnées des forces centrafricaines, la situation sécuritaire reste malgré tout très précaire.

Tout le monde tire la sonnette d’alarme, le clergé, les politiques, la société civile, les ONG et non des moindre comme le CICR et l’Amnesty international, tous montent au créneau pour demander des actions énergiques de la part des forces des Nations unies afin qu’elles agissent conformément à leur mandat pour ramener la paix par la force si nécessaire. Certaines personnalités politiques n’hésitent plus à demander la création d’une force d’intervention rapide au sein de la Minusca capable d’agir et de réagir avec force et fermeté face à ces groupes rebelles, car trop c’est trop, le sang a trop coulé.

Les groupes armés qui règnent en maîtres

Depuis le début du conflit fin 2012, les groupes rebelles occupent et administrent plus de 3/4 du territoire. Sur les 16 préfectures que compte la République Centrafricaine, 14 sont occupées par les groupes armés qui y règnent en maîtres absolus. Percevant taxe, rackettant, pillant, tuant, violant, en somme commettant les pires atrocités imaginables sur la population et tout cela dans la plus grande impunité. Les morts se comptent par milliers et aujourd’hui le nombre de déplacés à l’intérieur du pays est très alarmant.

Imposant leur volonté par force et menace dans les zones qu’ils occupent, les groupes rebelles se sont arrogés les prérogatives dévolues en temps normal à l’Etat. Dernièrement, le groupe rebelle du FPRC du tristement célèbre général de la Seleka, Nourredine Adam, avait carrément refusé l’installation des autorités locales dans les préfectures sous son contrôle. Traitant par la même occasion de criminel le nouveau président élu démocratiquement, Faustin Archange Touadéra et menaçant de descendre sur Bangui si le gouvernement tentait d’installer les autorités locales n’ayant pas le quitus du FPRC. Cette attitude belliqueuse n’augure rien de bon et surtout démontre à suffisance, que certains groupes sont dans la logique de la partition du pays.

Au fond, les groupes armés n’ont pas de revendications politiques à faire valoir, sinon aujourd’hui, après le forum de Bangui et différentes médiations, le pays serait en paix si vraiment les revendications politiques étaient leurs soucis premiers. Et d’ailleurs, qui se bat avec qui en Centrafrique sachant que le gouvernement ne dispose pas d’une armée nationale opérationnelle ? La réponse est toute simple, ce sont les mêmes groupes armés qui se battent entre eux, pour le contrôle des zones minières, sans se soucier le moins du monde des populations dont ils sont pourtant censés défendre les revendications. Nous nous trouvons dans une crise qui n’est certainement pas identitaire ni ethnique mais seulement, dans une sorte de pillage, de captation des richesses du pays par une minorité des barbares assoiffés de sang.

Cette situation ne peut plus durer, ces groupes rebelles qui ne vivent que de l’économie de guerre et du racket, ne peuvent plus continuer à prendre en otage la vie toute entière de tout un peuple.

En signe d’apaisement et de la main tendue, le Président Touadéra a cru bon d’intégrer dans son gouvernement remanié et dans des postes à responsabilités, les membres des groupes armés. Mais cela aussi semble n’avoir eu aucun effet sur la situation actuelle car les combats continuent et les populations meurent. Que veulent réellement les groupes armés ? Il est très urgent qu’il y ait des actions fortes pour que la paix revienne dans ce beau pays par tous les moyens.

Un gouvernement fragile

Malheureusement la fragilité observée du gouvernement actuel n’est pas un fait nouveau en Centrafrique. Les élites politiques ayant inexorablement échoué depuis pratiquement une trentaine d’années, cela a conduit à la faillite de l’Etat, ce qui a amené à cette situation que les Centrafricains vivent aujourd’hui. L’élection du nouveau Président Touadéra avait suscité beaucoup d’espoirs et d’attentes, tant son discours de rupture avait séduit. Qualifié d’homme honnête, d’intellectuel, le nouveau Président a été vite rattrapé par les méandres de la politique banguissoise. Elu en tant que Candidat indépendant, sa marge de manœuvre était limitée. Et cela se reflète malheureusement dans les gouvernements qu’il a eu à former, l’actuel n’y faisant pas exception.

Un gouvernement caractérisé par une absence de cohésion, certains membres du gouvernement s’illustrant par leur absence sur le terrain, d’autres préoccupés par les affaires plutôt que de gérer leur ministère, sans parler de ceux qui jouent contre le gouvernement auquel ils appartiennent. Comme le rapportait la chercheuse Nathalia Dukhan, de l’ONG Enough project « la classe dirigeante soucieuse de protéger son pouvoir instrumentalise la violence et manipule les groupes armés et les groupes d’autodéfense au gré de ses intérêts  ». Tout cela ne peut que nuire et rendre difficile le travail du gouvernement, et aux yeux de l’opinion tant nationale qu’internationale, le gouvernement actuel ne semble pas à la hauteur des enjeux.

Ajouter à cela que le gouvernement se trouve démuni face à des rebelles mieux équipés, car sous embargo depuis quatre ans, même si dernièrement cela a pu être allégé afin que la Russie puisse fournir quelques armes et munitions destinés aux nouveaux soldats en formation, force est de reconnaître qu’un gouvernement ne disposant pas encore d’une armée digne de ce nom aura du mal à faire face à ses prérogatives sans le concours des forces onusiennes. Tout cela ne fait qu’affaiblir l’autorité de l’état. Comme le disait un ambassadeur en poste à Bangui : « il faut sauver le soldat Touadéra, sinon le risque de somalisation est réel  ».

La communauté internationale semble regarder ailleurs

La récente critique sévère du Président Alpha Condé lors de son allocution au sommet de l’Union Africaine, concernant l’inefficacité des forces onusiennes en Afrique, plus particulièrement en RD Congo et en Centrafrique, est plus que fondée et tombe sous le sens. En Centrafrique, leur inefficacité est telle que même le Secrétaire général Antonio Gutieres l’a reconnu, « La communauté internationale ne s’engage pas suffisamment, ne mobilise pas suffisamment ses ressources et ses capacités pour aider la République centrafricaine » lors de son passage à Bangui en octobre 2017.

Plusieurs fois, les populations ont été prises à partie dans certaines zones, sans que la Minusca ne réagisse et même quand elle réagissait, elle n’arrivait qu’en retard. Il est quand même inconcevable qu’avec autant de troupes dont les Nations unies disposent sur place et autant de moyen mis à leur disposition, avec un mandat clair sous chapitre VII, que les forces onusiennes ne puissent pas protéger les populations à défaut de ramener la paix. Par contre certains contingents onusiens se sont illustrés dans les affaires, trafics de tout genre, y compris de ventes d’armes, voire même pour certains, accusés de viols sur mineurs. Ce même constat est appuyé par le dernier rapport commandé par le Secrétaire général des Nations unies : réalisé par le général Amoussou suite aux investigations menées sur la MINUSCA, il pointe des manquements dans la protection des civils, notamment des déficiences dans la planification civile-militaire-policière et dans les opérations, en particulier sur le terrain.

Les sanctions onusiennes ne semblent pas inquiéter outre mesure les personnes visées, et d’ailleurs les mêmes personnes voyagent au vu et au su de tout le monde sans être inquiétées. Bref, avec la Centrafrique, la Communauté internationale semble agir au compte-gouttes au regard de l’activisme dont elle fait preuve en RD Congo. Et pourtant, la crise centrafricaine est l’épicentre d’un risque d’effondrement pouvant contaminer toute la région, si les mesures adéquates ne sont pas prises pour y mettre fin de manière radicale.

Au-delà de la communauté internationale au sens large, regardons la communauté sous régionale, les pays voisins. On peut se poser la question légitime de savoir : à quoi jouent certains pays voisins dans le conflit centrafricain ? Des groupes rebelles vont et viennent dans certaines contrées des pays frontaliers sans en être inquiétés ? Depuis plus de trois ans, certaines personnalités sont sous sanctions onusiennes et européennes mais continuent de circuler sans être inquiétées ? Cela soulève les questions de complicité réelle ou supposée que certains pays de la sous-région entretiendraient avec les groupes rebelles. Autant de questions que les Centrafricains se posent sans qu’on leur apporte des réponses claires.

Conclusion

Le lien de sang qui unit les Centrafricains entre eux et l’usage unique de la langue sango qui caractérise la RCA, sont autant de facteurs déterminants qui devraient favoriser le règlement de la crise et la réconciliation nationale. Au fond les centrafricains s’entendent, la crise actuelle n’est pas une crise entre musulmans et chrétiens comme certains ont voulu le faire croire, mais c’est une crise qui découle de plus de dix ans de mauvaise gouvernance, de la faillite de l’Etat, de l’économie de la débrouille, du clivage entre groupes socio-ethniques, mais surtout de la pauvreté considérée comme l’une des causes principales de la crise actuelle mais aussi l’une des raisons fondamentales de sa perpétuation.

Les pays de la sous-région ont un grand rôle à jouer dans la crise centrafricaine, et il est encore temps pour qu’ils agissent, sinon toute la sous-région risque d’être déstabilisée.

Comme le disait le chercheur Thierry Vircoulon dans son analyse parue en décembre dernier, « pour l’heure, on ne voit ni sortie de crise proche ni solution durable pour la crise centrafricaine. Tant qu’il n’y aura pas de forte pression sur le gouvernement et les groupes armés et que le Conseil de sécurité continuera d’opter pour l’impuissance volontaire, la Centrafrique subira un conflit de basse intensité avec des pics de violence tous les quatre ou cinq mois  » et malheureusement son analyse parait tout à fait juste à l’heure actuelle, car pour l’instant les actes posés par la communauté internationale, ne semblent pas à la hauteur des attentes des populations qui souffrent.

Le peuple centrafricain ne demande qu’une chose dans l’immédiat c’est la paix et la sécurité, et ce n’est certainement pas trop demander. Evitons de regarder ailleurs alors que nous entendons les cris d’alarme. La résignation et le renoncement ne sont pas une solution, la crise actuelle n’est pas une fatalité. Nous avons tous une obligation d’aider ce peuple pour qu’enfin cesse de couler le sang des civils innocents.

PAR OLIVER SANTHO

Source: AFP/Afric

 
 
 
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