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CENTRAFRIQUE : AUTOPSIE D’UNE INDÉPENDANCE DE FAÇADE.

18 Août

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Le territoire qui porte aujourd’hui le nom de République Centrafrique et peuplé de 3, 5 millions d’habitants a proclamé son indépendance le 13 Aout 1960.

C’est l’annonce officielle de la naissance d’un État Centrafricain et fut prononcé par feu David DACKO qui devint le premier président du pays.

Ainsi, après avoir salué cette date comme une victoire et surtout après l’avoir confondue avec la libération nationale, nous avons dû 57 ans après revenir sur notre jugement pour constater que derrière la façade et la fiction de l’indépendance se dissimulait une tout autre réalité, contrôlée et dominée de main de maître, notamment par l’ancienne puissance coloniale et ses sbires sous régionaux.

Dans ce pays de contraire, 57 années après cette indépendance, le progrès se fait toujours désirer.

Les rêves de développement se sont transformés en vaste champ de ruines et de désolation nationale. Le désenchantement s’est emparé de ceux qui ont vécu l’indépendance et la désolation anime le cœur des nouvelles générations.

La question fondamentale qui se pose est de savoir ce que l’on célèbre réellement les 13 août ?

Sommes-nous vraiment indépendants ?

En réalité, chaque 13 Aout le pays de Boganda célébrait une indépendance de façade car l’ancienne Oubangui Chari n’a jamais pris un envol réel aux plans politique, militaire, monétaire, financier, social et économique.

1-Une dépendance politique 
D’évidence, la Centrafrique fête une indépendance de façade car elle n’a jamais coupé le cordon avec l’ex-puissance coloniale et se complait même dans la domination française.

Sur le plan politique, toutes les décisions importantes se font sous l’influence de Paris.

Même dans un passé récent, souvenons-nous que toutes les résolutions de l’ONU sur la Centrafrique ont été cousues sur mesure par l’Élysée.

Il faut aussi noter que depuis cette fameuse indépendance en 1960, la Centrafrique n’a connu que des cycles de coups d’Etat organisés par la France, jusqu’au dernier coup d’Etat du 24 mars 2013 contre le régime du président François BOZIZE .

Politiquement les différents régimes successifs ont été installés et défaits par le colonisateur. Les suppôts de paris dans la sous-région ont toujours influencé les décisions politiques déniant aux centrafricains le droit de choisir leurs dirigeants.

Par exemple, l’amnistie en cours d’imposition par la communauté internationale est contraire à l’aspiration populaire définie lors du forum de Bangui.

La France n’est pas prête à renoncer à aux avantages stratégiques et économiques qu’elle détenait en Centrafrique.

C’est pourquoi à l’aide de manœuvres ordurières l’ancien colonisateur continue à dicter sa loi à des pouvoirs fantoches et faibles.

2-Une dépendance militaire et un territoire sous occupation étrangère.
Sur le plan interne, la Centrafrique a subi pendant une dizaine d’années des crises militaro-politiques à répétition qui ont affecté les forces de défense et de sécurité.

Les crises récurrentes ont accentué les carences structurelles des Forces Armées Centrafricaines (FACA) et détruit les moyens déjà limités de cette Armée.

En effet, ces Forces de Défense et de Sécurité se trouvent dans un état de dénuement très avancé avec des effectifs vieillissants, manquant de moyens et ne bénéficiant pas de formation.

Ainsi on constate, une multiplication d’occupation d’une certaine partie du territoire centrafricain par les forces armées des pays limitrophes et des mercenaires acquis à leurs causes.

Ce sont des voisins régionaux en tant que “nouvelles puissances militaires émergentes” (Tchad) ou en tant que puissances militaires confirmées à cause d’une longue expérience des guerres civiles (RDC, Congo Brazzaville et le Soudan …), et leurs jeux d’alliances (leur soutien aux maquis, leur “préparation lointaine” de la planification des violences, leur rôle déterminant dans les récents bouleversements depuis 2012-2017). Comme “partenaires”, “alliés” ou comme “ennemis” qui contrôlent la pays :

Les frontières Centrafrique/Cameroun n’ont plus la même configuration. c’est le cas des préfectures de la Nana-Mambéré avec la petite ville de Cantonnier et de la Mambéré-Kadéï avec la Sous-préfectures de Dédé-Mokouba de la Haute-Kadéï où la rivière Koudengue est occupée par l’armée camerounaise et se retrouve désormais du côté camerounais.

Récemment les forces camerounaises ont occupé une partie du territoire de la République Centrafricaine en progressant à l’intérieur de la RCA vers la commune de Niem Yéléwa sur le sol centrafricain dans les villages de Gaigo, Minime et Ngaoui.

Par ailleurs, dans le nord de la RCA, les régions frontalières avec le Tchad, telles que l’Ouham et autres, sont aujourd’hui à la merci de l’armée tchadienne et des bandes armées qui bénéficient du soutien tactique et multiformes du Tchad. En outre, certains villages du sud-ouest comme dans la Préfecture de la Sangha-Mbaéré seraient déjà annexés à la juridiction de Ouesso au Congo-Brazzaville.

Il est clair que si les voisins de la RCA se comportent de telle manière, ils n’ont pas intérêt à ce que la paix revienne en RCA car leur présence est fonction des richesses minières et forestières dont regorge le pays.

.La RCA n’ayant pas d’armée du fait de la crise est en situation difficile, l’empêchant d’assurer la sécurité de son territoire.

On voit clairement qu’en l’absence d’une armée centrafricaine opérationnelle, il est difficile de compter la RCA parmi les états vraiment indépendants de ce monde libre.

La communauté internationale profite de la violence qui sévit et soutenu par les politiciens Français pour justifier le maintien de la Minusca en RCA.

Cette intervention onusienne en RCA n’a servi qu’à accentuer la spirale descendante aux enfers et du bain de sang ethno-sectaire qui a maintes fois dévasté le pays.

L’objectif des casques bleus était d’éviter un génocide et que le problème se répande dans les pays limitrophes mais au fond il s’agissait d’un agenda caché pour s’emparer des richesses naturelles du pays.

3-Une dépendance économique
Le maintien des intérêts ainsi protégés se fera en rendant nécessaire des structures professionnelles, des équipements industriels, des besoins et des services qui perpétuent une dépendance à l’égard des pays fournisseurs.

Cette emprise directe ou indirecte sur le travail, la production et les ressources naturelles de notre pays sera complétée par des accords tacites « de protection » des nouveaux régimes successifs et leur maintien au pouvoir par l’ancienne puissance coloniale.

Il faut noter que la RCA est très riches en ressources naturelles – que se soit en pétrole, en diamants, en or, en bois ou même en sucre ou en tabac – et qu’il y a beaucoup de grands groupes français tels Bolloré, Total, Orange etc y investissent.

La France a toujours cherché à assujettir son ancienne colonie, l’un des pays les plus pauvres du monde, et qui possède des ressources naturelles non exploitées.

En liant le sort des intérêts de la métropole avec celui des gouvernements, ces accords tacites constituent, en dernière analyse, la garantie la plus sûre du maintien et de la protection des intérêts étrangers en Centrafrique.

4-Une dépendance sociale
Au plan social le Centrafricain lambda manque d’infrastructures de base : eau, électricité, nourriture, système éducatif et de santé.

La pauvreté et la misère sont le lot quotidien du peuple qui aujourd’hui se fait tuer, égorger, piller, violer et abandonné dans un dénuement total.

5-Une dépendance de l’extérieur.
Malgré ses énormes ressources naturelles, la Centrafrique continue de tendre la main pour tenter de trouver des solutions au chaos de son économie. Aujourd’hui, plus que jamais, elle dépend de l’aide publique au développement.

Régulièrement, les medias annoncent des dons qui s’élèvent souvent à plusieurs millions d’euros provenant généralement d’institutions financières internationales, telles que le Fonds monétaire International (FMI), la Banque mondiale ou même de la France ou de l’Europe, sans préciser que tout cet argent constitue en réalité des prêts à rembourser avec intérêts.

L’atteinte du point achèvement de l’initiative PPTE (Pays pauvres Très Endettés) ne résout pas l’équation. 
Cette dépendance de l’extérieur limite fortement l’indépendance d’un pays car elle est liée à des politiques imposées.

Les dirigeants Centrafricains sont pourtant friands de ces aides qui favorisent un environnement hautement corrompu. 
Ils consacrent leur énergie à la séduction que ces IFI plus qu’au recul de la pauvreté dans leur pays.

En fait, l’indépendance de la RCA reste un mythe ; les transformations structurelles internes attendues n’ont pas eu lieu et, à l’extérieur, sur la scène internationale, le pays reste plus que jamais marginalisé et dominé.

Dépendances politique, militaire, monétaire, financière et même économique si l’on rajoute les entreprises françaises ou étrangères dont les monopoles sont protégées depuis des décennies par l’État Centrafricain.

Comment célébrer l’indépendance dans un tel environnement ?
À quand la véritable indépendance ?

Voila plus d’un demi-siècle que la Centrafrique tourne en rond, s’enlisant dans la pauvreté sans trouver (ou même chercher) la voie du développement.

D’évidence, aucun pays ne peut se développer en privant sa population de liberté. La liberté « n’est pas un mot vide mais un moteur ».

La Centrafrique doit donc totalement changer et comprendre que c’est le Centrafricain qui est lui-même sa première richesse. C’est en lui donnant plus de liberté qu’il pourra enfin progresser dignement.

Ce progrès est la clé de l’essor de tout le pays et c’est seulement à ce prix que la Nation pourra trouver une véritable place sur l’échiquier international.

Aujourd’hui, les courbettes faites par les « grands » de ce monde aux dirigeants centrafricains ressemblent plus à l’empressement d’un requin affamé face à un morceau de viande fraiche qu’à une relation de partenariat propice aux populations locales.

C’est la liberté qui va conduire le pays à une indépendance effective. Il faut donc avoir l’audace de s’attaquer au problème de la monnaie en saisissant les autorités françaises pour réformer le franc CFA ; reconnaître le droit de propriété sur la terre aux nationaux ; permettre à chacun d’échanger librement dans le monde pour profiter de toutes les opportunités du marché ; régler les problèmes de sécurité et revenir à un véritable état de droit pour inciter les investisseurs nationaux comme étrangers à créer des richesses intérieures.

Ce sont autant de réformes nécessaires pour que nous puissions enfin célébrer honnêtement l’indépendance.
C’est au prix de sacrifices, de sang et de sueur, que le pays est sorti de l’esclavage puis de la colonisation. Toutes ces souffrances ne sauraient être vaines.

Le fatalisme ne conduira qu’à plus de pauvreté. Savoir que la liberté apporte le progrès devrait être un catalyseur de la cohésion sociale.

Depuis 57 ans, l’État fait preuve de son incapacité à se développer, il est temps de lutter pour cette liberté qui partout dans le monde apporte le progrès.

Sommes-nous conscients de nos faiblesses entrainant cette dépendance chronique de notre pays ?

Sommes-nous indépendants lorsque notre chef d’état fait encore son discours du 57e anniversaire de l’indépendance exclusivement en français négligeant son Sango natal ?

QUI VIVRA ENCORE VERRA

Bangui, le 18 Aout 2017

Par Charlie Joseph LARABO

 
 
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Publié par le 18/08/2017 dans Uncategorized

 

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