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CENTRAFRIQUE : LE FAUTEUIL PRÉSIDENTIEL EST VIDE : CONVOITISES OU RACCOURCI ?

11 Août

Dans une interview datée du 04 août 2017 accordée à la presse Anicet Georges Dologuélé, le chef de file de l’opposition a déclaré que « La Centrafrique n’a qu’un problème : Le fauteuil présidentiel est vide ».

Une déclaration appréciée diversement par les centrafricains et qui fait couler beaucoup de salives. Une métaphore pour dire que la situation chaotique à laquelle nous assistons est le fruit de l’inaction du président Touadera.

La recrudescence de la violence, les occupations de 14 des 16 préfectures que comptent le pays par les groupes armés est le signe d’un pays qui sombre peu à peu dans l’anarchie.Le diagnostic s’avère aussi peu rassurant au point que le centrafricain lambda se pose la question de savoir : Si la crise actuelle est due à la faiblesse du président Touadera ?

Le décryptage nous amène à comprendre que Anicet Georges Dologuélé ou Karim Meckassoua n’ont pas totalement tort.

Dans un sens oui, totalement. On le voit d’ailleurs que depuis l’élection de Faustin Archange Touadera, l’institution présidentielle est attaquée de tous bords. Ici on dénonce sa faiblesse, là son impuissance, ailleurs sa « passivité »… 

Bref, les jugements sévères sur l’actuel président et son gouvernement alimentent les milieux politiques et diplomatiques. Le premier bilan qu’on peut faire de ses presque deux ans de mandat, les événements tragiques qui secouent le pays ont démontré la limite de ce capitaine qui ne bouge pas alors que le navire est en train de faire naufrage.

Pour les proches de Touadera, cet archange n’est ni gardien ni déchu, il ne parle au nom d’aucun Dieu et n’est que le double de l’Homme. De même, le plus diplômé dirigeant que les centrafricains se soient jamais donné par la voie des urnes n’est ni un magicien ni un héros. Il n’est qu’un chef d’Etat avec un projet de société, doté d’une claire vision de la RCA moderne, d’un optimisme revigorant et d’une énergie méthodique.

Lorsque l’on prend du recul, on se rend compte que Touadera est surtout un président affublé d’une interdiction absolue d’échouer, n’a pas le droit à l’erreur. S’il trébuche, la Centrafrique tombe. Cet « enfant du miracle » est dans l’obligation de réussir la mission que lui a confié le peuple. Il est la dernière chance pour ce peuple massacré. on dira de lui : s’il échoue, nous périssons tous.

C’est là une fragilité fondamentale qui impose au président Touadera des devoirs inédits. Il doit d’abord tuer en lui toute paresse et refuser que les étincelles de son pouvoir deviennent feu d’artifice.

Au baromètre de sa poigne se lira la première météo de sa présidence.

Faustin Archange Touadera doit passer au plus vite au désarmement des groupes armés, à la restructuration et au redéploiement des FACA, au retour des déplacés et réfugiés, au redressement de l’économie et à la lutte contre l’impunité.

Pour ce faire, il lui fallait d’emblée insuffler un esprit de commando à son premier gouvernement, lequel doit à la fois incarner un changement ample et immédiat et accepter de se sacrifier en vue de relever les nombreuses entraves politiques, économiques et structurelles qui s’imposent au pays.

Le Premier ministre devrait être nanti d’un CDD: contrat de démarrage décisif. De cette équipe initiale, on attend un comportement exemplaire d’humilité et de labeur.

Or avec des collaborateurs calculateurs et un gouvernement amorphe, Faustin Archange Touadera ne dispose d’aucune baguette magique pour régler à lui seul les problèmes centrafricains.

Son image cumule alors les échecs et les déceptions, il n’a pas la possibilité pour autant d’aller au bout de ses propres idées. 
En faisant preuve d’amateurisme, le prince de Damara a même plutôt affaibli la fonction présidentielle.

Le déni de la responsabilité est patent au point que les convoiteurs du fauteuil du palais de la renaissance fustige l’homme Touadera. La crise qui se déclenche dans l’arrière-pays se traduisant par l’implosion de la République a une lecture simple pour ses détracteurs: le président est incapable et incompétent.

Le président devient ainsi le bouc émissaire suprême de la Nation. Pour tenter de sauvegarder son image, voire espérer une réélection, il est scotché aux chefs d’états étrangers, aux médiations internationales et aux forces des nations unies.

Mais personne n’est dupe. L’incapacité de l’état et la passivité des autorités, ne font qu’aggraver le sentiment populaire que la politique a déserté l’action et le service de l’intérêt général au profit de la posture et de la parole. Touadera sombre ainsi dans le culte de lui-même, entraîne la vie publique dans un tourbillon de narcissisme.

Dans l’ensemble de la classe politique, l’obsession de prendre sa place « LE FAMEUX FAUTEUIL VIDE » se substitue à l’idée d’union sacrée des forces vives de la nation. Et ce spectacle misérable laisse le pays sans repère, sans direction, sans modèle, ouvrant la voie à des soupçons et coups bas entraînant ainsi le chaos dramatique qui s’est emparé de la Centrafrique.

Le malaise politique centrafricain tient avant tout à un état d’esprit, l’effacement du bien commun au profit de l’idée qu’une poignée d’individus se font de leur destin personnel. L’entourage de Touadera avec comme maître du jeu Simplice Mathieu Sarandji l’a séquestré l’empêchant de fonctionner comme un chef d’état normal et pragmatique.

Dans ce contexte de résidence surveillée, aucune solution «miracle» et immédiate ne saurait en venir à bout. L’unique commencement de réponse à cette chute sans fin est une refondation de la démocratie et le retour à un État au sens le plus noble du terme, fondé sur des règles de droit et non des tâtonnements puérils que nous constatons.

LE VIDE C’EST AU NIVEAU DE TOUS LES ACTEURS POLITIQUES.

LES FAUTEUILS DES DÉPUTÉS, DES PARTIS POLITIQUES, DES MINISTRES, DES JUGES, DES MILITAIRES, DES PRÉFETS, DES OPPOSANTS SONT TOUS VIDES.

La Centrafrique pays en crise a besoin aujourd’hui d’un président de la République acteur engagé de la vie politique et non spectateur. Le peuple attend un chef de l’Etat impartial, qui soit le «guide de la Centrafrique», au-dessus des contingences politiciennes, incarnation de la sagesse et de l’autorité morale, capable de protéger son autorité, son peuple, sa patrie et le prestige de la fonction par l’action et la discrétion.

La Centrafrique a besoin d’un Parlement souverain, fort et indépendant, capable de prendre ses responsabilités et non ce rassemblement des adeptes passifs à la solde d’un gourou..

Il faut au pays un Premier ministre, véritable chef de gouvernement qui décide, choisit, gouverne, démissionne plutôt que de reculer, responsable de sa politique devant le Parlement; des ministres puissants, décideurs et non plus des bouffons emblématiques.

Il nous faut des hommes politiques patriotes, aimant leur patrie capables de tourner la page et non des pseudos démocrates toujours prêts à comploter pour défendre leurs intérêts partisans et égoïstes au détriment de ceux du peuple souverain

Il faut regarder ce que cette crise a construit, DU VIDE PARTOUT CAR tout est ruines encore fumantes des communautés en lambeaux et des ambitions démesurées sous fond de haines.

La crise actuelle est avant tout centrafricano-centrafricaine, même si le contexte régional et international y contribue à la marge. La cause essentielle du désastre centrafricain est politique. L’extrême impopularité des dirigeants du pays débouche sur le chaos social.

La RCA n’a plus confiance dans ses élites politiques, depuis des décennies, avec quelques brèves périodes de rémission. Elle ne se sent plus gouvernée. Depuis le début des années 1990, la courbe de popularité des dirigeants politiques, en dehors de soubresauts éphémères, ne cesse de s’effondrer.

La déliquescence au sommet de l’état se diffuse dans la société. Un pays privé d’autorité politique, du sentiment que ses dirigeants sont à la barre et gouvernent pour le bien catégoriel, ne peut que sombrer dans le désordre.

Le seul changement de l’occupant du fauteuil suffit-t-il à résoudre la crise?

N’est-il pas là un leurre dangereux ?

QUI VIVRA ENCORE VERRA

Bangui, le 11 Aout 2017

Par Charlie Joseph LARABO

 
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Publié par le 11/08/2017 dans Uncategorized

 

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