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Archives du 05/08/2017

CENTRAFRIQUE : LA DISPARITION PRESQUE FANTOMATIQUE QU’INQUIÉTANTE DU PRESIDENT DE L’ASSEMBLÉE NATIONALE ET LA HARGNE DE DÉCOUDRE DES COMITÉS DE SOUTIEN DE TOUADERA.  

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Accusé de conspiration, d’intelligence avec les groupes rebelles ainsi que de coup d’état par les comités de soutien du President de la République, le President de l’assemblée nationale a brillé par son mutisme assourdissant et culpabilisateur et surtout par sa disparition presque fantomatique qu’inquiétante sur la scène politique centrafricaine. En effet, le President de l’assemblée nationale était en mission officielle en Europe et depuis plus d’un mois, la deuxième personnalité du pays a disparu des écrans radars. Aucune localisation en Europe et aussi en Afrique.
Profitant de son absence sur le territoire national, la panoplie des soutiens au President de la République organisée en collectif a décidé de découdre avec le President de l’assemblée nationale en occupant l’espace médiatique et en projetant une gigantesque marche pour réclamer son départ ainsi que de la dissolution de son bureau. Dans un communiqué, un des leurs s’est désolidarisé de l’action jugeant que la démarche n’est pas légale. Nous tenons à rappeler que dans ce genre de démarche, il existe un cadre légal pour démettre un President de l’assemblée nationale et de le traduire devant les tribunaux.
Ainsi, pour se conformer à la légalité, nous invitons tous ceux ou celles qui ont un intérêt à emprunter cette unique voie au lieu de perturber impunément l’ordre public. Réveillé de son interminable sommeil, le procureur de la République à travers un communiqué a mis en garde les comités de soutien contre les conséquences de leurs actes. Les griots du President de la République ont fini par abdiquer malgré eux et continuent quand même de murmurer et de ruminer la haine qui, très certainement se manifestera par d’autres épisodes dignes de téléréalités. Animé par sa traditionnelle curiosité, le citoyen lambda, noyé dans ces manœuvres politiciennes sans lendemain pour le peuple s’interroge :
Où se trouve actuellement le President de l’assemblée nationale ? Faut-il lancer un avis de recherche ? Suite aux accusations de coup d’état, s’agit-il d’un exil ? Le procureur de la République retarde t-il l’ouverture d’une information judiciaire pour éviter que le President de l’assemblée nationale se constitue Refugié dans un pays tiers ? Cette longue absence conforte t-ils les accusations des soutiens de Touadera ? Les parlementaires ne s’inquiètent-ils pas de la longue absence de leur President ? Existe t-il un seuil pour constater la vacance de poste du President de l’assemblée nationale ? Quel est le vrai mobile des agitations des comités de soutien ? Leur statut juridique leur permet de réclamer le départ du President de l’assemblée nationale et de son bureau ? Et pourquoi le pouvoir est muet sur les agitations de ses soutiens ? S’agit-il d’un chèque en blanc ou d’un accord tacite ? Le pouvoir est-il le commanditaire de toutes ces manœuvres ? Quel devrait être le sort de quelqu’un d’autre à la place du sieur Kossimatchi ? Notre chère patrie vit un blocage inédit de son histoire par manque de bons diagnostics pour apporter de bons remèdes. Face à ce blocage, deux options prioritaires s’imposent : d’abord le départ du President de la République et le changement de gouvernement. La première hypothèse c’est à dire le départ du chef de l’état est écarté d’office car elle est chèrement acquise et remettra en cause les efforts consentis par la communauté internationale. L’option la plus plausible reste la mise en place d’un nouveau gouvernement avec un nouveau premier ministre pour insuffler un souffle nouveau.
Le President de la République, incapable de limoger un premier ministre qu’il a lui même nommé et a qui il doit une dette morale conduira les parlementaires à prendre leurs responsabilités devant l’histoire à travers une motion de censure. Il est de notoriété publique qu’à la prochaine rentrée parlementaire le défaillant premier ministre n’échappera certainement pas à une motion de censure. La fois dernière, le maillon faible du système à endormi, enfumé les parlementaires par les vertus du pardon car les centrafricains sont en grandes majorité ancrés dans le respect des principes religieux.
Ainsi le premier ministre a tout intérêt à manipuler les comités de soutiens pour destituer le président de l’assemblé nationale et de dissoudre le bureau de l’assemblée nationale afin d’échapper à cette éventuelle motion de censure. Alors il jette tout son dévolu dans ce défi occultant au passage les vrais priorités des centrafricains qui ne se résument qu’à la sécurité et à l’économie. Mais attention, ne le dites à personne. Si on vous demande, ne dites pas que c’est moi.
Paris le 04 août 2017
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Bernard SELEMBY DOUDOU
Juriste, Administrateur des Elections.
Tel : 0666830062. 
 

CENTRAFRIQUE: Anicet-Georges Dologuélé : « La Centrafrique n’a qu’un problème : le fauteuil présidentiel est vide »

L’ancien candidat à la présidentielle de 2016 estime que les violences s’étendent à cause du manque de gouvernance et de la passivité de la Minusca.

Candidat malheureux face à Faustin-Archange Touadéra lors de l’élection présidentielle de 2016 en Centrafrique, Anicet-Georges Dologuélé est inquiet pour son pays. Les violences s’étendent. La mission des Nations unies, la Minusca, est critiquée pour son manque de réactivité face aux groupes armés qui occupent – et souvent martyrisent – quatorze des seize provinces du pays. Pour le patron de l’Union pour le renouveau centrafricain (URCA), le premier responsable de cette situation est à chercher au palais présidentiel.

Pourquoi la situation ne cesse de se dégrader en Centrafrique ?

Anicet-Georges Dologuélé Les groupes armés se rendent compte qu’il n’y a pas de chef. Ils commencent par une petite ville, ils se rendent compte que rien ne se passe. Puis ils en prennent une seconde. Toujours rien. Ils prennent une région. Toujours aucune réponse. Et aujourd’hui, ils contrôlent pratiquement 75 % du territoire, car jamais le gouvernement n’a donné l’impression de s’intéresser à ce qui se passe. Il a abandonné toute cette gestion à la Minusca, mais la Minusca est au service du gouvernement.

On a donc ce sentiment qu’il n’y a aucune gouvernance et que l’on peut faire ce que l’on veut. Quand le président Touadéra a pris le pouvoir, il n’y avait pas beaucoup de violences. Aujourd’hui, de nouveaux groupes armés voient le jour, c’est tout de même paradoxal. Alors qu’ils devraient être en train de démobiliser, les groupes recrutent, s’arment au vu et au su de tous. Ils profitent de l’absence totale de leadership, d’autorité, d’organisation.

Que devraient faire les autorités ?

Au moins montrer qu’il y a un Etat qui s’organise et qui évolue avec la Minusca. Il faut que la Minusca sente que quand il y a un incident quelque part, le président s’implique, des réunions se font, des enquêtes sont lancées. Pour l’instant, ce n’est pas le cas.

Quels sont les ressorts des violences actuelles ?

C’est l’enrichissement, la conquête des espaces où il y a quelque chose à prendre. Cela peut être du bétail, du diamant, de l’or, du café, mais les groupes armés ne vont que là où il y a quelque chose à prendre. Ce sont des dynamiques économiques qui profitent de l’absence de l’Etat et de la très faible réactivité de la Minusca.

Douze mille casques bleus, n’est-ce pas suffisant pour protéger les populations ?

Je ne crois pas que leur organisation le permette. J’ai toujours prôné une coopération avec les FACA [Forces armées centrafricaines]. Certes, les FACA ne sont pas armés, mais ils connaissent le terrain, les populations. Envoyer quelques FACA, même en civil, dans chaque ville pour faire du renseignement et prévenir les crises, cela vaut mieux que de laisser ces crises s’installer. Les casques bleus ne parlent pas le sango. Comment vont-ils faire en ne comprenant rien de ce que leur disent les populations ?

Quand je rencontre les autorités de la Minusca, je leur dis de travailler avec les locaux, de prendre des gens dans l’armée ou la police centrafricaine pour faire du renseignement. Mais pour l’instant, cela ne fait que commencer timidement. Des soldats ont été formés par l’EUTM [la mission de formation de l’Union européenne], mais les officiers européens se plaignent que l’Etat n’arrive pas à les armer. Il faut croire que trouver 600 armes est très compliqué pour le président Touadéra.

Que savez-vous des massacres qui ont eu lieu en mai à Bangassou et de la situation actuelle dans cette ville ?

Quand les choses ont commencé à se préparer, les populations, le préfet, les députés ont averti le gouvernement. Ils savaient qu’il fallait aller très vite. C’était un mois avant les massacres. Personne n’a réagi. Je suis incapable de vous dire qui a fait quoi. Lors des discussions sous l’égide de la communauté de Sant’Egidio en Italie, j’ai entendu les groupes armés dire que ce n’était pas eux. On leur a dit : « Alors si ce n’est pas vous, c’est qui ? » Je ne sais pas qui fait quoi, mais Bangassou a tout résumé : le gouvernement et la Minusca n’ont aucune organisation pour avoir de l’intelligence sur le terrain, quand on leur apporte des informations ils ne les utilisent pas, et une fois que les dégâts se sont produits, il n’y a pas de réponse pour circonscrire durablement ce genre d’événement.

Faut-il amnistier les chefs de guerre pour les intégrer au processus politique et ainsi permettre le désarmement des combattants ?

Je ne sais pas si c’est la menace de poursuites ou si c’est l’insuffisance de forces en face qui bloque le désarmement. Je pense qu’il faut combiner les deux. De toute façon, il n’y aura jamais de poursuites si on ne les contraint pas par la force. Et même si l’on décrète une amnistie, en quoi cela empêche quelqu’un de continuer de piller des richesses ? L’amnistie n’est pas une solution et elle nous est de toute façon impossible en raison des traités internationaux que nous avons signés. Je pense qu’il faut combiner la force avec la menace de traduction devant les tribunaux.

Fin mai, vous avez été accusé de tentative de déstabilisation de l’Etat. Craignez-vous que votre immunité parlementaire soit levée et avez-vous porté plainte contre Joachim Kokaté, le leader anti-balaka qui a enregistré vos propos et que vous accusez de manipulation ?

Je n’ai rien fait, alors ça ne me gêne pas que mon immunité soit levée. J’ai porté plainte et je pense que le président Touadéra joue un jeu dangereux. Au lieu de s’occuper des vrais problèmes dans l’arrière-pays, il est très préoccupé par la préparation de 2021 [année de la prochaine élection présidentielle]. Son seul souci, c’est d’éliminer ses adversaires. Il passe son temps à cela. Il a fait accuser Karim Meckassoua [le président de l’Assemblée nationale] et une marche contre lui est prévue ce vendredi. J’ai porté plainte contre Kokaté, mais c’est le pouvoir qui bloque le procès.

Qu’auriez-vous fait de mieux que le président Touadéra en seize mois ?

Tout. Cela fait une grande différence quand les gens sentent qu’il y a un chef, que le gouvernement est organisé et s’occupe des problèmes du pays. Être dans l’action plutôt que dans l’inaction, cela fait une très grosse différence.

Vous êtes sans concession à son égard…

Je suis quelqu’un de très raisonnable. N’importe quel président souhaiterait avoir un opposant comme moi. J’essaye de participer à tout ce qui est positif et d’apporter ma contribution, mais j’ai l’impression de donner à boire à un âne qui n’a pas soif. Le chef de l’Etat ne collabore avec personne. On ne peut pas être dans ma position et se satisfaire de voir chaque jour des gens se faire massacrer. Je suis obligé de le pousser à réagir car la Centrafrique n’a qu’un problème : le fauteuil présidentiel est vide.

Vous regrettez d’avoir reconnu votre défaite ?

Pas sur le principe, mais j’ai laissé arriver à la tête d’un des pays les plus difficiles au monde quelqu’un qui ne prend jamais de décision. Cela plonge mon pays dans l’abîme, je me sens donc responsable

Propos recueillis par Cyril Bensimon

Source://www.lemonde.fr/afrique/article/2017/08/04/anicet-georges-dologuele-la-centrafrique-n-a-qu-un-probleme-le-fauteuil-presidentiel-est-vide_5168674_3212.html#f756TASORMXOyvLo.99
 
 
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