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CENTRAFRIQUE: Population et différentes langues parlées

30 Avr
peuple

Mosaïque d’ethnies où quelque 90 groupes culturels – que l’on peut regrouper en neuf principaux groupes – cohabitent dans un pacifisme relatif, la population du Centrafrique se concentre dans la partie occidentale, en majorité dans des villages (près de 7 500). La partie est se trouve désertée depuis les razzias esclavagistes du XIXe siècle. Comme c’est toujours le cas sur le continent subsaharien, l’histoire de la population centrafricaine résulte des arrivées successives de plusieurs ethnies, souvent poussées à migrer vers le territoire en raison de guerres tribales. Ainsi, chaque groupe s’est installé en choisissant une zone climatique favorable à l’épanouissement et à la pérennité de ses propres règles sociales, vitales, économiques et politiques.

Trois types de populations cohabitent, créant un clivage qui, s’il n’existait pas au début de l’indépendance, ce qui constituait la fierté du peuple centrafricain, s’est peu à peu imposé, notamment lors du coup d’Etat et des mutineries de 1996 et de 1997, les affrontements dressant les mutins,  » sudistes  » et yakoma, contre les forces de sécurité présidentielles,  » nordistes  » et sara. Mais des traits culturels communs les unissent. Par exemple, l’ensemble de leurs dialectes provient d’une seule et même famille linguistique : le rameau oubanguien (à l’exception des Bantous). Il a longtemps été admis que la majorité des ethnies serait venue très récemment peupler le Centrafrique. Or, les fouilles archéologiques entreprises, notamment dans l’ouest, ont montré le contraire, puisque le territoire aurait accueilli les Banda et les Gbaya, il y a plus d’un millénaire, sans compter les hommes de l’âge de pierre et ceux de l’âge du fer qui l’ont traversé, laissant derrière eux des traces encore visibles.
Selon le recensement de 2003, le groupe le plus important est celui des Gbaya (28 %), suivi de celui des Banda (22 %) : à eux deux, ils représentent la moitié de la population centrafricaine. Viennent ensuite les Mandja (9,9 %), les Sara et les Ngbaka-Bantou à quasi-équivalence (7,9 %), les Nordistes-Peuhl et Mbum à égalité aussi (6 %), les Ngbandi (5,5 %), les Zandé-Nzakara (3 %). Enfin, les autres ethnies locales ou étrangères représentent près de 2 % de la population.

Les gens de « la savane »

Groupe le plus important, il compte dans ses rangs les Gbaya et les Banda, constituant à eux seuls la moitié de la population centrafricaine. Les gens de  » la savane  » occupent le centre, l’ouest, le nord, l’est ou le nord-est du pays : Gbaya (partie centrale vers l’ouest : Gbaya Bokoto, Gbaya Buti, Kara, Kaka, Buli, Bianda, Bokare, Gbeya…), Banda (partie centrale vers l’est : Tambago, Linda, Mbala, Moruba, Mbré, Yangere, Ngao, Dakpa, Gbaga, Gbi, Vora, Banda, Ndokpa, Yakpa, Gbandi, Djeto, Togbo, Vidri, Gobu, Langbasi, Langba, Ngbugu, Ndri…), Nilo-Sahariens (à l’extrême nord : Peuhl-Mbororo, Kara…), Mbum (Pana, Kare, Tali) et Sara (tous deux au nord-ouest : Dagba, Kaba, Laka, Mbaï-Vale, Ngama…).

Banda : si leur territoire de prédilection couvre la plus grande superficie du Centrafrique, leur localisation est plus éclatée que celle des autres groupes. Une dispersion due en grande partie à la fuite devant les raids esclavagistes qui avaient lieu au nord du pays, aux environs du Darfour (Soudan). Au XIXe siècle, ils ont donc suivi un mouvement oblique du nord-est vers le sud-ouest. Ainsi, des Banda se trouvent aussi en pays gbaya (centre et sud) ou en République démocratique du Congo.

Gbaya : linguistiquement proches des Banda et des Mandja (le dimba, génie de l’eau, matérialisé par un serpent aquatique, aurait prêté son dos pour le passage des Mandja sur l’Oubangui), les Gbaya ont quitté l’Adamaoua vers 1870, chassés du Cameroun par les Foulbé. Les livres d’histoire camerounais affirment que les Gbaya sont venus du Centrafrique. Lors de cette migration, les Manza et les Ngaba-Manza, deux groupes apparentés, ont traversé l’Oubangui au sud. Mais les tensions avec les autres tribus les ont obligés à s’installer à l’est, à côté des Gbaya. Ces derniers vivent traditionnellement de la chasse, de la cueillette et de la pêche.

Mbum : ce groupe vient du Cameroun, comme ses voisins les Pana, les Kare et les Tali.

Peuhl-Mbororo : représentant à peine 5 % de la population, ils sont de religion musulmane et, par tradition, les éleveurs du bétail centrafricain. Installés dans les pâturages de l’ouest (Bouar) ou nomadisant dans la région de Bambari, ils jouent un rôle prépondérant dans l’économie (élevage et exploitations minières). Ethnie relativement riche, car propriétaire du bétail, les Mbororo sont régulièrement victimes de racket et de kidnapping d’enfants, qui les poussent à se déplacer du nord et des frontières tchadiennes vers l’ouest et le Cameroun. Près d’un tiers a ainsi migré au cours de l’année 2006. Pourtant, les Peuhl étaient établis en RCA depuis le début des années 1920.

Sara : les Sara constituent 10 % de la population et s’étendent le long de la frontière tchadienne dont ils sont originaires. Ils se distinguent des Gbaya, des Banda et des Mandja par leur langue.

De l’éducation des jeunes Gbaya…

Dès leur naissance, le sexe des Gbaya détermine leur avenir. Fille, son éducation incombera à sa mère seule. Garçon, le père n’a pas mot à dire, car il sera élevé sous l’autorité du chef du village. Les enfants de sexe masculin commencent leur initiation à l’âge de 7 ans, avec une immersion complète en forêt, afin de perfectionner leur apprentissage en suivant des rites traditionnels. Le jour du départ leur est inconnu, puisqu’ils sont enlevés très tôt le matin à l’insu de leur génitrice. Leur aventure peut parfois durer 10 ans, et débute toujours par un premier bain dit  » bain de purification « , dans la fraîcheur d’un cours d’eau afin de faire communier l’enfant avec la nature.

Le sorcier, qui préside au bain, se lance alors dans une incantation aux forces de la nature (traduction approximative) :  » Toi, dieu Labgi, le seigneur des arbres, dieu de nos aïeux, je t’implore (…), purifie cet enfant et par ta puissance donne-lui le pouvoir de communiquer avec ses ancêtres. Que par ses actes d’enfant, il renonce à tout vandalisme de la nature comme le feu de brousse, la pollution, car dans le livre sacré du Lagbi, il est écrit ceci : qui détruit la nature, la nature le détruira, préserve ta nature car elle symbolise et résume ton passé, tes ancêtres, ton dieu.  » Peuple mystique, les Gbaya continuent à célébrer des rituels dont ils conservent jalousement le secret.

Les gens « du fleuve »

Numériquement minoritaires puisqu’elles représentent à peine 5 % de la population, ces ethnies s’étendent le long de l’Oubangui, du sud au sud-est : Oubanguiens (Gbanziri…), Ngbandi (Yakoma, Sango…), Nzakara-Zandé (Sabanga).

Ngbandi : peuple de pêcheurs par excellence, le groupe des Ngbandi a toujours commercé le long du fleuve. Aujourd’hui, les Sango plantent encore leurs villages provisoires (4 à 6 mois) sur les rivages de l’Oubangui. Ils ont également donné au pays les bases de la langue nationale, fruit non seulement de l’expansion de leurs activités marchandes, mais aussi de la colonisation : les Sango et les Yakoma servaient de porteurs et d’interprètes.

Nzakara-Zandé : quelque peu dispersés depuis l’extrême est où ils se concentrent toujours, certains des membres de cette ethnie vivent isolés chez les Banda. D’autres petits groupes, comme les Biri ou les Kare (communauté bantou très restreinte), se sont également établis au milieu de leur communauté. Les Nzakara ont été les premiers à s’installer, et les Zandé, arrivés des régions du lac Tchad vers la fin du XVIIIe siècle, ont constitué de véritables royaumes, allant des régions oubanguiennes au Barh el-Ghazal soudanais, en passant par le Ouellé congolais. Après avoir connu plus d’une cinquantaine de chefs, leur dynastie a offert au pays des chefs puissants, influents et charismatiques, comme Bangassou, Zémio ou Rafaï, qui ont obligé les colons à préférer la négociation plutôt que l’affrontement direct. Aujourd’hui, ils sont agriculteurs semi-itinérants, et vivent toujours entre le nord-est du Centrafrique, le Sud-Soudan et la République démocratique du Congo.

Oubanguiens : arrivés au Centrafrique au XVIe siècle, les Ngbaka, les Monzombo, les Gbanziri et les Buraka sont originaires des sources du Nil.

Les gens « de la forêt »

Représentant moins de 10 % de la population, les gens  » de la forêt  » en Centrafrique sont communément reconnus comme étant les Pygmées ainsi que les Bantous (Mbimu, Ngundi, Kaka, Pande, Isongo…) qui ont peuplé très tôt cette zone sud et sud-ouest, où ils ont notamment développé les activités agropastorales.

Bantous : bien que l’hymne national reconnaisse la République centrafricaine comme  » le berceau des Bantous « , de nombreux historiens affirment qu’ils seraient plutôt arrivés du Zaïre voisin et auraient trouvé surtout des Pygmées dans la forêt du sud-ouest, qu’ils ont occupée depuis leur arrivée sur le territoire. Les uniques représentants de cette ethnie se trouvent presque exclusivement dans la corne sud-occidentale.

Pygmées : reconnus comme les premiers habitants de la forêt, ils représentent moins de 1 % de la population. Minoritaires et exploités sur tous les plans, ils sont victimes de discriminations contre lesquelles le gouvernement intervient très peu. Ils ne sont pas représentés dans le gouvernement et n’ont aucune influence politique. Certains parlent l’aka, qui est une langue bantoue.

Langues

Les langues autochtones. Le Centrafrique ne compte pas moins de 60 dialectes, appartenant à deux familles linguistiques : la famille nigéro-congolaise (la plus représentée) et la famille nilo-saharienne. Si le sängö, hissé au rang de langue nationale, s’impose comme la langue véhiculaire, pratiquée par 87,5 % des Centrafricains dont 97 % de la population urbaine, chaque groupe ethnique possède son dialecte. Près de 705 000 locuteurs utilisent les langues gbaya-manza et leurs dérivés, environ 570 000 personnes parlent les langues banda, 100 000 les langues sara, 60 000 les dialectes ngbaka-monzombo-gbanziri, 60 000 les langues nzakara-zandé et 55 000 les langues mbum. L’ensemble des locuteurs des autres groupes linguistiques serait inférieur à 50 000. Ces locuteurs sont installés à travers tout le pays : dans le centre du pays, d’est en ouest, on parle les langues gbaya et banda, surtout parmi les chasseurs et les agriculteurs. Le long du fleuve, d’est en ouest, cohabitent les langues zandé-nzakara, puis ngbandi et gbanzili-sere. La région forestière de la Lobaye et du bassin de la Sangha est celle surtout des langues bantoues, pratiquées également par les Pygmées. Le sara et le pana (parlés par les Mbum) sont pratiqués le long de la frontière nord du Cameroun au Soudan, en passant par le Tchad.

Le sängö national. Si le sängö riverain, riche et nuancé, ne compte que 350 000 locuteurs de langue maternelle, le sängö véhiculaire, langue simplifiée, est pratiqué par la quasi-totalité de la population centrafricaine. Le premier est la langue des piroguiers sängö yakoma qui assurent, depuis toujours, le transport sur le fleuve, et qui ont été les premiers à entrer en contact avec les commerçants, les explorateurs et les missionnaires. Ces derniers ont ensuite largement contribué à la diffusion de la forme simplifiée du sängö, celui que les linguistes appellent sängö véhiculaire. Aujourd’hui parlé par une très grande majorité de Centrafricains, le sängö n’est donc la langue maternelle de personne (à l’exception des Sängö-Yakoma). Ceux qui le parlent, et qui ont de surcroît une certaine connaissance du français, sont au moins trilingues. Par conséquent, le vocabulaire technique du sängö est encore très pauvre. A Bangui, un bon locuteur possède environ 800 termes. Chiffre qui descend à 300 en province. Toutefois, le milieu universitaire banguissois est bien décidé à enrichir cette langue nationale comprise par tous, véritable facteur d’unité jalousé par bien des pays d’Afrique.

Si de nombreux emprunts au français font du sängö une langue créolisée ( » fouti  » pour  » foutu « ,  » kinini  » pour la quinine et tous les comprimés,  » pusu  » pour pousser), sa poésie se lit dans les métaphores à l’origine d’une grande partie de son vocabulaire.  » Yanga-da « , la bouche de la maison, désigne la porte ;  » li-ngu « , la tête de l’eau, désigne la source ;  » kamba ti bé « , la fibre du coeur, désigne la bien-aimée,  » ma-na-bé « , écoute avec le coeur, désigne le protestant.

Le français. Langue officielle de la République centrafricaine, le français n’est pourtant l’idiome maternel que d’un tout petit groupe d’Européens, composé d’à peine 1 200 locuteurs. Jouissant d’une aura de prestige et d’excellence, il est surtout parlé par les élites et les cols blancs, c’est-à-dire les fonctionnaires et les enseignants. Toutefois, on peut distinguer deux types de français. D’abord, le  » français de France « , parlé par les Européens, les enseignants et les  » notables  » du pays. Grammaticalement juste, avec un vocabulaire recherché, il est surtout utilisé dans les médias et la haute fonction publique, de même que dans les sphères proches des pouvoirs politique et judiciaire, ainsi que dans toutes les écoles du pays. Cependant, il s’accompagne parfois de certains accents locaux et régionalismes lexicaux, mêlés de quelques mots de sängö.

L’autre variété de français, beaucoup plus répandue et permissive, possède un timbre très  » artisanal  » : fortement influencé par les langues centrafricaines et le sängö en particulier, auquel sont mêlés des mots ou des expressions françaises déformés. Cette langue est parlée par les classes non instruites, qui n’ont pu terminer leur scolarité. Cet amalgame aboutit parfois à des quiproquos amusants, des syntaxes originales et non sans charme, mais pouvant causer des difficultés de compréhension avec les francophones des autres pays, car les écarts linguistiques, d’ordre lexical et sémantique, sont très importants. La traduction littérale des langues autochtones au Français forme souvent des expressions étonnantes :  » coiffer l’herbe  » pour  » tondre la pelouse « ,  » tenir la tête  » pour  » avoir fière allure « , ou  » ça fait depuis « , au lieu de  » ça fait longtemps « .

L’arabe. Une langue en expansion dans le pays, expansion due non seulement aux entrepreneurs libanais ou syriens, mais aussi à l’arrivée massive des commerçants tchadiens ou soudanais. Aussi, deux types de langue arabe cohabitent : l’africaine et la proche-orientale. L’arabe classique, celui du Coran, sert de médium comme langue religieuse au sein de la communauté musulmane du pays. De son côté, la communauté islamique du pays a créé des écoles qui accueillent des personnes des deux sexes et de toute confession.

La religion traditionnelle

 » Avant l’arrivée des missionnaires, les Africains croyaient déjà en l’existence d’un dieu créateur. En sängö, il s’appelle Nzapa [… ] on donne le nom de Tere au premier homme. [… ] Le culte est offert aux ascendants familiaux, maintenant décédés, dont  » l’ombre  » a rejoint le village des ancêtres. [C’est] une religion de l’homme attaché à sa terre et à son passé. « 

Pierre Saulnier, La République centrafricaine, 2005, Géographie, Histoire.

 
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Publié par le 30/04/2017 dans Uncategorized

 

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