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CENTRAFRIQUE : M. Touadéra, saviez – vous que depuis le 30 mars 2016, vous n’appartenez plus à votre famille, à votre région, à votre parti, mais à la nation toute entière ?

04 Jan
touadera

 

Si l’on ne comprend pas que la corruption est un phénomène complexe qui appelle des solutions tout aussi complexes, on ne peut pas facilement la combattre.

Qu’est-ce qu’un paradigme ?

Un homme atteint du délire paludéen parle seul comme s’il était entouré d’êtres invisibles. Trois hommes qui sont dominés par des paradigmes différents, l’observent. Le premier est dominé par la croyance magique et ignore tout de la science. Il est convaincu que le malade est victime de pratiques magiques et désigne aussitôt un présupposé coupable à la réprobation de tous. Le deuxième est hypocritement hostile au paludéen. Dominé par une croyance religieuse de caractère archaïque, il pense que le malade parle dans son agonie parce qu’il répond déjà devant Dieu du mal qu’il a fait au cours de sa vie. Le troisième est un croyant mais aussi un esprit scientifique. Il connaît la cause réelle du délire et demande qu’on transporte le malade à l’hôpital. Ces trois hommes utilisent trois principes explicatifs différents. La magie, une divinité, la causalité naturelle ou déterminisme. Ces principes explicatifs sont des paradigmes. Un paradigme est donc une sorte de postulat plus ou moins implicite, plus ou moins inconscient. L’homme qui pense atteint rarement le niveau paradigmatique, qui est ainsi soustrait à tout examen critique. Et le paradigme semble si évident que même s’il devient conscient comme il arrive parfois, l’homme pensant ne pourrait facilement le remettre en question. Par exemple, il faut beaucoup de travail intellectuel pour que celui qui explique le paludisme par la magie abandonne sa croyance. Et les savants eux-mêmes changent difficilement de paradigmes quand les meilleurs d’entre eux en élaborent de plus pertinents.

La corruption a la lumière du paradigme de la complexité

Une erreur paradigmatique concernant la corruption consiste à la réduire, à un problème moral et donc à ignorer des dimensions culturelles, économiques et politiques. Il s’agit donc du paradigme unidimensionnel qui simplifie par top la réalité et rend l’observateur aveugle à des aspects, causes, conséquences et dimensions des phénomènes. La corruption est, bien entendu, un problème moral. Cela signifie que le corrompu et le corrupteur, se rendent coupables d’un manquement à leur devoir. Ils violent une règle sociale au profit de leurs intérêts égoïstes. Cela est grave, car les règles d’une société moderne non seulement protègent la société mais encore protègent celui-là même qui les viole. Il est par exemple interdit de voler, parce que si tout le monde le faisait au lieu de travailler, il n’y aurait rien à voler et la société ne pourrait subsister. De sorte que le voleur lui-même a besoin que le vol soit interdit et condamné. De même si tous les diplômes étaient faux, ils ne serviraient à rien et personne ne jugerait du niveau intellectuel de qui que ce soit, en fonction d’un papier signé qui lui serait présenté  » On voit ainsi que la plus grande règle morale est celle qu’a édicté Emmanuel Kant, lorsqu’il proclamait : Agis toujours de telle sorte que la maxime de ton acte puisse s’ériger en règle universelle.  » Le grand philosophe nous invite ainsi à nous poser la question suivante pour juger de la moralité de nos actes : et si tout le monde faisait comme moi, qu’adviendrait-il de la société ? On peut en déduire que la société la plus corrompue ne subsiste que parce qu’il y a en son sein une immense majorité d’hommes qui non seulement n’est pas corrompue, mais encore, maintient la garde contre la corruption. Ce n’est pas ce que pensent les fatalistes de la corruption pour qui la corruption est inévitable parce que tout le monde la pratique. Mais la morale, et j’entends par là le respect des règles indispensables à la vie commune, n’est pas la seule dimension de la corruption. Se borner à la vilipender, se ne suffira pas pour en venir à bout, bien que la corruption mérite la condamnation la plus radicale. En Afrique et en Centrafrique en particulier, la corruption a une dimension culturelle. Nos sociétés n’ont pas atteint le degré d’individualisme des sociétés occidentales. Chacun de nous appartient à sa communauté villageoise ou ethnique, et toute victoire qu’il remporte revient à sa communauté. L’accession à des hauts postes dans le gouvernement et dans l’administration représente cette victoire. Celui qui y accède, doit beaucoup à sa communauté tribale. En ce sens le corrompu n’est pas quelqu’un qui choisit entre un mal et un bien, mais quelqu’un qui choisit entre deux biens, celui de son pays, et celui de son village. Mais, il n’en reste pas moins que si chacun doit servir son ethnie au détriment de son pays, notre pays qui nous sert plus que notre village ne pourrait subsister. Une autre preuve d’une dimension culturelle de la corruption est que dans nos mentalités, les postes dans l’administration et dans le gouvernement sont des faveurs à ceux qui y accèdent et non des charges sociales à remplir. On incite donc le fonctionnaire à  » manger  » et à partager. Et on remercie le chef de l’Etat parce qu’il a pensé à la part de gâteau du village dont le ressortissant est nommé. Tout se passe ainsi comme si un poste dans l’administration était une possession familiale et villageoise. Le fait que chaque village se comporte et pense comme les autres aboutit finalement à cette conséquence : la corruption se développe par ses propres effets, c’est-à-dire par contamination et imitation réciproque. La corruption a encore une dimension économique. On peut en juger par le fait qu’elle s’est aggravée considérablement, depuis la crise qui sévit encore si cruellement dans nos pays. On estime à juste titre que le fonctionnaire qui n’arrive pas à joindre les deux bouts est fort tenté de monnayer encore plus que par le passé le service qu’il a le devoir de rendre à ses concitoyens. Cette tentation est d’autant plus forte qu’au sein même de cette crise interminable, certains bénéficient par  » la magie  » même de la corruption d’un enrichissement fulgurant qui constitue une source de frustration pour les autres. On n’a jamais vu autant de voitures de luxe, autant de châteaux des mille et une nuits, en Centrafrique qu’en en ce temps de crise. Devant cet étalage de luxe et fortune scandaleuse, le pauvre devient encore plus pauvre parce qu’il se compare aux autres. Enfin la corruption a une dimension politique. Il n’est pas nécessaire d’être un savant pour comprendre que le manque de volonté politique de combattre la corruption aggrave la corruption. La morale populaire dit bien que  » la crainte du gendarme est le commencement de la sagesse « . Or si notre pays en arrive à conquérir à plusieurs reprises le titre de champion toutes catégories de la négativité, c’est que ni les corrompus ni les corrupteurs ne craignent le gendarme. Beaucoup de Centrafricains se souviennent encore de cette question :  » Où sont les preuves? » Elle fut posée par celui qui devait être le commandant en chef de la lutte contre la corruption à un journaliste qui dénonçait cette corruption : on estime qu’une question de ce genre a donné la clé des champs aux corrupteurs et corrompus de tout acabit. Q u e l q u e s mots, prononcés par certaines personnes, dans certaines circonstances, peuvent jouer un rôle dans l’histoire.

Quels paradigmes changer ? Contre lesquels ?

Comme nous venons de le voir, un paradigme qui rend borgne détermine votre vision de la corruption. C’est le paradigme unidimensionnel qui réduit la corruption à un problème moral. Mais un paradigme plus nocif encore perturbe notre vision de la corruption. C’est le paradigme, fixiste ou anhistorique. Nombreux sont les hommes et les femmes, qui croient la corruption indéracinable. Toute critique de la corruption relève à leurs yeux de la rêverie de gens qui ignoreraient la réalité, et toute initiative contre la corruption serait vouée à l’échec. L’homme serait corrompu et il le serait pour jamais. Mais, ce sont ces fatalistes de la corruption qui sont aveugles à la réalité, à force de se donner des illusions de voir la réalité. La réalité est toujours à rechercher,  » les faits sont faits  » comme le disait Bachelard. Or les fatalistes de la corruption, les partisans du  » qu’estce qu’on va faire alors  » ne prennent jamais deux minutes pour se demander ce qui cause corruption et si ces causes peuvent être surmontées. Une telle pensée fait du mal social qu’est la corruption, une impasse et non ce qu’il est : un problème. Un problème peut exiger une solution difficile à concevoir et à mettre en oeuvre. Mais, il est reconnu comme tel, c’est-à-dire comme une situation devant être surmontée. L’impasse par contre suppose une situation bloquée, sans espoir de changement, sans issue possible. Devant l’impasse l’homme ne fait rien. Or un problème peut devenir une impasse parce qu’on le croit tel. Deux oiseaux tombés dans un marécage avaient vu leur ailles paralysées par la boue. L’un se dit :  » Il n’y rien à faire. Bientôt je vais mourir. » Et il mourut bientôt en effet. L’autre était également convaincu qu’il devait mourir, mais il résolut de se débattre jusqu’à ce qu’il devienne incapable de bouger. Et en se débattant, il se dégagea de la boue et réussit atteindre la terre ferme. Le fataliste de la corruption est comme le premier de ces oiseaux. Il est atteint du complexe de Gribouille. En voyant venir la pluie, Gribouille se disait.  » Je serai mouillé, quoi qu’il arrive. Autant plonger d’avance dans l’eau.  » Et il plongeait dans l’eau. Un tel pessimisme quand il porte sur un mal social, relève du paradigme anhistorique. Une telle vision de la société ignore les changements qui l’affectent. Un état de la société qui a existé une fois doit toujours exister. Pourtant l’homme lui-même n’a pas toujours existé et il disparaîtra un jour. Ainsi de la planète terre, ainsi du soleil à qui les spécialistes donnent encore 7 milliards d’années de durée seulement. Et que dire de l’esclavage et de la colonisation ? –  » Qu’est-ce qu’il faut faire alors ?  » – Je vous réponds, fatalistes qu’il y a quelque chose à faire : considérer la corruption comme un problème complexe, mais un problème devant être résolu. S’attaquer à ce problème à la fois sur toutes ses dimensions sur tous les fronts : dimension morale, dimension culturelle, dimension économique et surtout politique. Ainsi Hercule accomplit l’un de ses douze travaux en frappant d’un seul coup les sept têtes de la fameuse hydre dont chacune repoussait quand elle était abattue toute seule. Comme le peuple acclamerait un tel héros qui s’attaquerait ainsi à la corruption. Mais il faut le chercher et le rechercher toujours. Il viendra un jour cet homme, à la tête de notre pays. Mais sa venue, nous la préparons chacun en faisant notre petite part, là où nous sommes placés, et avec les moyens dont nous disposons. Qu’importe qu’aucun mal ne puisse jamais être totalement éradiqué ? Et qu’on ne peut que le réduire à des proportions acceptables ? Autant de décennies de corruption et de dictature, autant de décennies de lutte dont chacune porte ses fruits quoique pas toujours visibles à tous.

Jean – Paul Naïba

 
2 Commentaires

Publié par le 04/01/2017 dans Uncategorized

 

2 réponses à “CENTRAFRIQUE : M. Touadéra, saviez – vous que depuis le 30 mars 2016, vous n’appartenez plus à votre famille, à votre région, à votre parti, mais à la nation toute entière ?

  1. henriette koyangaze

    04/01/2017 at 18 h 27 min

    Je ne comprends absolument rien à tout ce bla bla bla qui est parfaitement hors sujet par rapport au titre qui est un interpellation du Président TOUADERA; Messieurs, si vous n’avez rien à faire et à dire, cultivez la terre s’il vous plait.

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  2. henriette koyangaze

    04/01/2017 at 18 h 27 min

    Je ne comprends absolument rien à tout ce bla bla bla qui est parfaitement hors sujet par rapport au titre qui est un interpellation du Président TOUADERA; Messieurs, si vous n’avez rien à faire et à dire, cultivez la terre s’il vous plait.

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