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CENTRAFRIQUE: Batangafo / Quand le contingent camerounais collabore avec la Séléka et interdit à la mission de la vaccination de se rendre à Kabo !

06 Oct
  • Force Commander of MINUSCA travels to Bouar
    Crédit photo: Contingent camerounais Bangui, on 19 September 2014. UN Photo/Catianne Tijerina

    La nouvelle est tombée des lèvres de M. Ange Yanguéré, chef de la mission de vaccination dans la zone de Bossangoa, Bouca, Batangafo et Kabo, en ces termes : « Je suis vraiment dépité, mais je dois avouer que le contingent camerounais basé à Batangafo, non seulement collabore avec les éléments de la Séléka et les laisse faire et sévir, mais surtout le chef du bataillon m’a interdit de me rendre à Kabo pour poursuivre ma mission ». Cette terrible nouvelle est arrivée à la rédaction, après la fin de cette mission de vaccination, il y a quelques jours. Tout simplement, un aveu d’impuissance, de démission et de désertion devant l’ennemi de la part des forces onusiennes présentes dans cette partie de la République centrafricaine.

    Une nouvelle qui fait tout de suite froid au dos, mais qui prouve à suffisance que les forces onusiennes déployées en Centrafrique, conformément aux recommandations et autres résolutions du conseil de sécurité, sous le chapitre 7 de la charte de l’Onu et dotées d’un mandat robuste, pour veiller à la protection des populations civiles, contribuer au redéploiement de l’administration civile et militaire sur toute l’étendue du territoire et imposer la paix par le désarmement forcé de toutes les bandes armées, ne sont pas prêtes pour passer à l’action. Elles ne sont pas prêtes pour mourir pour la paix, en terre centrafricaine. Elles ne sont pas prêtes pour donner leurs vies pour sauver des vies humaines. Elles ne sont pas prêtes pour neutraliser tous ces seigneurs de guerre, tous ces mercenaires, tous ces hommes armés qui ont mis à coupes réglées tout un pays, pris en otage tout un peuple sur sa propre terre, celle de ses ancêtres et de ses aïeux, qui empoisonnent la vie partout où ils passent, tuent, incendient des villages et greniers, violent, pillent tout, érigent des barrières, rackettent et lèvent l’impôt. Elles ne sont pas là pour protéger les populations civiles. Elles sont juste là, comme partout où elles sont passées et y demeurent encore à ce jour, pour s’engraisser comme du bétail, des douleurs, des souffrances, des malheurs, des plaies, des morts, du sang et des torrents des larmes du peuple centrafricain. N’en déplaise à ceux qui espèrent encore en ces forces onusiennes qui ont fait de cette crise un véritable fonds de commerce, telle est la triste vérité. Et elle doit être dite de la manière la plus crue, dénoncée vivement par toutes les forces vives de la nation et condamnée fermement par tous les combattants de la liberté et de la démocratie, sinon les pierres ouvriront la bouche pour en parler.

    En effet, dès son arrivée à Batangafo, en sa qualité de chef de la mission de vaccination, M. Ange Yanguéré a eu l’humble devoir de rendre une visite de courtoisie et de présentation aux autorités locales, civiles et militaires, comme l’exigent les règles de l’art à tout fonctionnaire ou agent de l’Etat, en mission. Sa première surprise sera de constater l’absence du commandant de brigade de la gendarmerie et de ses éléments dans la ville. Il en sera de même pour le commissaire de la police et ses éléments. Seuls sont présents à leurs postes de responsabilité le sous préfet et deux (2) maires, un chrétien et un musulman. Première particularité de cette ville : deux(2) élus locaux, assis dans le même fauteuil et exerçant les mêmes fonctions. Une particularité qui témoigne encore du niveau élevé de l’antagonisme confessionnel régnant dans la ville et du refus des deux (2) communautés de vivre ensemble. Une ville divisée en deux (2), d’un côté, une minorité superbement armée, de l’autre, une majorité sans armes, obligée de trouver refuge autour de l’église catholique et d’y survivre comme des fourmis. La seule autorité militaire, présente dans la ville, est le capitaine du contingent camerounais de la Minusca.

    Après les formules d’usage civilisationnelles de présentation et un bref exposé du but de sa mission, M. Ange Yanguéré enfonce le clou, pose le problème de la démonstration des forces des éléments de la Séléka, au quartier Lakouanga, juste attenant au quartier général des forces onusiennes, celui de la présence massive et de la circulation des hommes en armes et en motos dans la ville, et demande in fine autorisation au représentant des forces onusiennes pour continuer plus tard sa mission vers la ville de Kabo. En réponse, l’inspecteur de la santé retiendra que le contingent camerounais a été déployé à Batangafo, il y a seulement deux (2) mois et peine à prendre le contrôle de toute sa zone de juridiction, faute d’hommes et de moyens matériels et logistiques. Ces forces estiment que les éléments de la Séléka ont le droit de disposer des armes lourdes dans leur quartier général de Lakouanga et détenir des armes sur eux dans la ville aussi longtemps qu’ils ne seront pas nuisibles à leurs positions et à leurs intérêts ; ce qui suppose que ces hors – la loi ont le droit de vie ou de mort sur les populations civiles jusqu’à ce qu’ils ne commettent la maladresse de toucher à un élément du contingent camerounais ou à ses intérêts. C’est ce qui explique, et M. Ange Yanguéré le saura plus tard, l’intronisation forcée d’un musulman, jadis maire mais relevé de ses fonctions depuis lors, à ce prestigieux poste de responsabilité d’autorité locale qu’il assume aujourd’hui, fièrement et conjointement avec un chrétien, titulaire régulier et légal dudit poste. Voilà une vérité qui est claire et limpide comme l’eau d’une roche et doit se passer de tout commentaire ! Quand à la question relative à l’intention de l’inspecteur de la santé de se rendre à Kabo, le représentant de la Minusca sera plus direct.

    Selon des informations dignes de foi en sa possession, la ville de Kabo où il ne s’est jamais rendu est le fief de la Séléka. Une ville à hauts risques. Une ville d’insécurité absolue où la Séléka est plus active, érige des barrières, rackettent des paisibles populations et lèvent l’impôt. Pour finir, il déconseille à son interlocuteur de s’y rendre au grand risque de perdre le véhicule de la mission et d’être obligé de rentrer à pied à Bangui. Sur ce, l’inspecteur a préféré faire acheminer par des motos les matériels de vaccination destinés à la ville de Kabo plutôt que d’y aller lui – même. Voilà une autre vérité qui fait dire aux observateurs de cette crise que les forces onusiennes ne sont pas venues en Centrafrique pour rétablir l’ordre et restaurer l’autorité de l’Etat ! Comment des forces onusiennes dont leur mandat est d’assurer la protection des populations civiles peuvent- elles toujours rester l’arme au pied et n’intervenir que pour décompter des cadavres et publier des communiqués de presse de mise en garde ? Comment des forces onusiennes dont le mandat est de veiller à la restauration de l’autorité de l’Etat peuvent – elles avoir peur des bandes armées, refuser d’aider des fonctionnaires et agents de l’Etat dans l’exercice de leurs missions, et mieux leur demander tout simplement de rebrousser chemin ? Comment des forces onusiennes peuvent – elles laisser faire des bandes armées, à savoir tuer, incendier des maisons et des greniers, violer des femmes, détruire des biens publics et privés, ériger des barrières, racketter de paisibles populations, lever l’impôt et percevoir des taxes fiscales et douanières, en lieu et place des cadres des régies financières, sans être inquiétées ? Telles sont les questions que l’on est en droit de se poser. Et cette situation durera jusqu’à ce que les nouvelles autorités en charge de la gestion des affaires de la cité se résolvent à enlever l’épais bandeau noir qui leur voile les yeux et les empêche de bien voir, se rendent à l’évidence et comprennent enfin que seules les forces armées centrafricaines sont capables de mourir pour leur pays, de protéger le peuple centrafricain, de défendre l’intégrité du territoire national et de préserver les intérêts fondamentaux de l’Etat.

    Pour l’heure, la ville martyre de Batangafo qui abrite le site le plus dense et le plus peuplé des personnes déplacées en République centrafricaine, est sous le contrôle de la Séléka, comme toutes les villes situées à l’est et au nord. Abandonnés à leur triste sort, aux intempéries, aux maladies, aux épidémies, ces milliers d’hommes et de femmes, contraints d’aller trouver refuge dans cet environnement insalubre et d’y vivre comme des animaux, ne demandent qu’une seule chose au président Touadéra et à son gouvernement : redéployer par tous les moyens l’administration civile et militaire dans leur ville dans le meilleur délai, afin de mettre un terme à leurs souffrances, leurs malheurs, et à leurs pleurs, de retrouver leurs dignités d’hommes et de femmes sur cette terre qui est la leur, celle de leurs ancêtres et de leurs aïeux, et d’y vivre heureux comme tous les peuples du monde.

    Jean – Paul Naïba

     

 

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