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CENTRAFRIQUE: Diplomatie / Et si Touadéra signait comme Yaya Jammeh un accord de défense avec la chine ou la Russie……

28 Sep

Il y a quelques jours, « la Russie et la Gambie ont signé un accord de défense et de coopération militaire, quatre mois après l’ouverture d’une ambassade gambienne au pays de Vladimir Poutine. L’accord a été signé à Moscou par le Chef d’état-major général adjoint de l’armée russe, le général Vasily Tonkoshkurov et le chef d’état-major des Forces armées de Gambie, le lieutenant-général Ousman Badjie. Selon les termes de l’accord rendus publics, le nouvel axe de la coopération militaire entre la Russie et la Gambie sera essentiellement centré sur la formation et l’assistance technique aux forces armées gambiennes. Une bouffée d’oxygène pour le Président Yaya Jammeh qui est de plus en plus isolé par ses anciens soutiens en matière de coopération dans le domaine de la défense.

En effet, la Gambie reçoit traditionnellement une assistance technique militaire des armées américaine, britannique et turque. Trois pays où les militaires gambiens sont souvent formés dans leurs plus prestigieuses académies. Ses livraisons d’armes venaient souvent de Libye, d’Iran et de Russie. Mais avec les violations manifestes des droits humains ainsi que les menaces et injures souvent proférées par le dictateur gambien, aussi bien les États-Unis que la Grande-Bretagne ont suspendu leur soutien, ne laissant le terrain qu’à la Turquie et récemment le Pakistan. A l’évidence, Yaya Jammeh ne veut plus s’en contenter, puisque la Libye de Mouammar Kadhafi a disparu et ne peut lui venir en aide, comme du temps où de nombreux officiers, triés sur le volet par Yaya Jammeh, y bénéficiaient de programmes de formation. D’autre part, l’Iran est en froid avec le président gambien, depuis l’histoire des armes iraniennes achetées par la Gambie et livrées à une faction des rebelles du Mouvement des forces démocratiques de Casamance (MFDC).

La Russie veut poser un pied sur la côte atlantique Confrontée à de graves défis économiques, avec la suspension de l’appui budgétaire européen, la fin de la diplomatie du chéquier née de la rupture diplomatique avec Taiwan, tout comme son exclusion du Millennium Challenge Fund ainsi que de l’accord préférentiel de l’AGOA par les États-Unis, la Gambie va mal et Jammeh, qui se sent menacé par une population de plus en plus contestataire, cherche coûte que coûte à renforcer son appareil militaire et sécuritaire. Ce qui est une opportunité pour la Russie qui cherche à poser un pied sur la côte atlantique, comme l’avait déjà fait savoir, en novembre 2014, le ministre russe de la Défense Sergueï Choïgou. En juillet 2015, le président Vladimir Poutine a approuvé une mesure visant à donner à son pays une forte présence sur la côte atlantique en réponse à ce qu’il considérait comme « une expansion des troupes de l’OTAN », après l’invasion de l’Ukraine et les menaces russes contre leurs pays voisins. Après avoir apposé sa signature, le lieutenant-général Ousman Badjie, chef d’Etat-major de l’armée gambienne, a déclaré que « l’accord va permettre à la Russie et la Gambie de consolider leurs points de vue sur diverses questions d’actualité dans le monde et intensifier les relations entre les deux forces de défense ». Ce qui fait dire à une de nos sources au sein du gouvernement gambien, qu’en « signant un accord militaire avec la Russie, la Gambie espère non seulement obtenir un soutien financier pour l’aider à résoudre la crise économique et budgétaire devenue de plus en plus insupportable, mais Yaya Jammeh ouvre la porte à Moscou qui sera bientôt autorisé à utiliser Banjul pour accéder à l’Atlantique ». Même si la situation géo – politique dans laquelle se trouve aujourd’hui la République centrafricaine n’est pas comparable à celle de la République sœur de la Gambie, une chose est sûre : tout responsable politique, épris du souci de son peuple et de l’avenir de son pays, se doit de faire beaucoup preuves d’imagination pour assouvir ses desseins, protéger son pouvoir et rassurer sa population.

Abandonné par ses anciens alliés, à savoir la Grande – Bretagne, les Etats – Unis, la France et l’Otan, coincé financièrement et sentant se poindre à l’horizon le risque d’un mécontentement généralisé, Yaya Jammeh qui est arrivé au pouvoir par un coup d’état, qui n’est pas partisan de la démocratie et qui a même commis le crime de lèse – majesté en laissant mourir en prison un opposant à son régime, a vite compris l’extrême nécessité de desserrer tout simplement l’étau qui avançait irréversiblement contre lui, en tendant la main à la Russie de Poutine, une autre puissance nucléaire, militaire et membre permanent du conseil de sécurité. Démocratiquement élu, après plus de trois (3) années de violences inouïes et de crimes odieux qui ont ébranlé l’âme de son pays, la République centrafricaine, Touadéra se doit lui aussi aujourd’hui de faire preuve d’un sursaut patriotique et diplomatique pour mettre un terme à la crise sécuritaire qui empoisonne la vie de son peuple.

Une crise sécuritaire qui est devenue un véritable fonds de commerce, tant les ressources dont regorgent le sol et le sous – sol de ce pays sont immenses, pour les bandes armées en tête desquelles la Séléka, la Minusca, la France, les Etats – Unis, l’Ouganda et tous les pays de la sous – région. Même si la France et les pays membres de la Cemac ont joué fondamentalement un rôle dans le retour de la paix dans la capitale, les principales régions minières et stratégiques demeurent occupées par des conquistadores, des mercenaires et des marchands de la mort et il est grand temps que les forces de défense et de sécurité soient non seulement restructurées, mais surtout redéployées sur toute l’étendue du territoire national en vue d’assurer la protection des populations civiles, de défendre l’intégrité du territoire et de veiller à la préservation des intérêts fondamentaux de l’Etat. Or, malheureusement la communauté internationale, à travers la Minusca, refuse d’user de la force pour désarmer toutes les bandes armées et imposer la paix, conformément aux recommandations et autres résolutions du conseil de sécurité, sous le chapitre 7, et brandit l’embargo sur les armes à destination de la République pour retarder le réarmement des forces armées centrafricaines, seules capables de mettre en déroute toutes les forces non conventionnelles.

En signant un accord de défense avec la Chine qui doit exploiter le pétrole de Boromata et explorer d’autres sites dans l’Ouham et la Sangha – Mbaéré, ou avec la Russie de Poutine, comme Bachar El Assad l’avait fait pour pouvoir résister aux menaces des Etats – Unis, de la France et de l’Otan, Touadéra ferait un grand pas dans la résolution de la crise qui secoue son pays depuis longtemps et créera les conditions d’un rééquilibre des forces entre les puissances occidentales et sous – régionales qui, présentes en République centrafricaine, ne défendent que leurs intérêts et n’ont pas intérêt à ce que cette crise prenne fin un jour.

Jean – Paul Naïba

 

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