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CENTRAFRIQUE Politique / M. Doubane ou une diplomatie non agressive, non imaginative, non payante et non porteuse d’espoirs Octobre 1985.

28 Sep

charles-armel-doubane

Séminaire interdiocésain de Saint – Paul, sis à Ouango à côté de l’archidiocèse de Bangui. Il était ce jour – là 8 h 00, lorsque M. Pierre – Yves Maillard, de nationalité suisse et professeur de français en classe de 1ére, fait son apparition, pour dispenser son premier cours de l’année, l’air autoritaire et calme. Pour ces anciens élèves de la seconde, quelque chose d’insolite est sur le point de se passer pour tester le niveau de tous. Après les formalités d’usage et d’échanges fraternels et chaleureux, il colle une dissertation au tableau évidemment pour jauger de la qualité des uns et des autres et trier sur – le champ l’ivraie du blé. Le thème : « De l’imagination au pouvoir. Qu’en dites – vous ?

Analysez et commentez ». Tout à coup, un silence de plomb s’abat sur toute la classe. Un silence de cimetière si pesant que l’on pouvait même entendre des moustiques, si nombreux en cette période de saison pluvieuse finissante, voler d’un endroit à un endroit de la classe. « Au travail », dit – il brusquement, pour rompre cette atmosphère de peur bleue et rendre la classe plus vivante, plus gaie, et plus laborieuse. Sur ce, ses anciens élèves soulèvent leur pupitre, arrachent leur bic et se mettent immédiatement, sans demander leur reste, au travail dont la durée est de deux (2) heures de temps. Ils seront suivis quelques minutes plus tard par les nouveaux venus, c’est – à – dire ceux qui sont directement admis en 1ére sans passer par la 2e, obligés de faire comme les autres, de se jeter à l’eau quitte à tenter l’expérience pour en tirer des acquis pour les prochains devoirs. Deux (2) jours plus tard, les résultats tombent, catastrophiques ; sur 18 élèves, 5 obtiendront la moyenne dont la note variant de 14/20 à 3/20. Et la sentence est sans appel pour toute la suite, car à son habitude, ceux qui ont réussi cet examen de test, obtiendront la moyenne toute l’année et ceux qui n’ont pas eu la moyenne, n’obtiendront jamais la moyenne toute l’année.

Analysant la méthode de ce professeur depuis la 2e, j’ai fini par comprendre que pour ce pédagogue, dans la vie comme dans toute action humaine, ce sont toujours les premières intentions, les premières décisions, et les premières méthodes qui fondent et guident la réussite d’un homme dans toutes ses entreprises, même s’il est établi que la persévérance ou l’abandon joue aussi un rôle important dans l’obtention d’une victoire ou d’une défaite. En nous demandant d’analyser et de commenter cette dissertation, M. Pierre – Yves Maillard a voulu tout simplement nous faire comprendre que c’est l’homme qui est au centre de l’univers, gestionnaire de son destin et moteur du changement dans sa société. Tant pis pour les élèves qui ne l’avaient pas compris et pour tous les hommes qui ne l’ont pas compris ! Car, c’est l’homme qui fait l’histoire et non l’histoire qui fait l’homme. Et l’histoire de l’humanité est jalonnée de l’histoire de ces hommes et de ces femmes qui, par leur ardeur au travail, leur capacité d’imagination, et leurs qualités, ont réussi à changer le destin d’autres hommes, celui de leur société et celui de leur pays.

C’est ainsi que l’empire romain n’aurait jamais existé sans un certain Jules césar. L’empire grec ou « La Grèce Antique » ou « La Civilisation Hellène » n’aurait jamais existé sans Périclès. La brillante civilisation égyptienne n’aurait jamais existé sans la dynastie des Pharaons, celle de Toutankhamon et autres. Et à une époque relativement récente, il faut admettre que l’histoire du Burkina – Faso est intimement liée à celle d’un certain Thomas Sankara. Même la République centrafricaine n’aurait jamais été ce qu’elle est aujourd’hui sans un certain Jean – Bedel Bokassa, le bâtisseur, le tyran et l’assassin. C’est fort de toute ces expériences que le peuple centrafricain, après plus de trois (3) ans de violences inouïes et d’actes de barbarie humaine qui ont secoué son pays et qu’il a vécus dans sa chair, a courageusement décidé de confier la gestion de sa destinée au président Touadéra. Convaincu de ce que l’homme écrira l’une des plus belles pages de son histoire en mettant un terme à ses souffrances et à ses litanies de malheurs. Malheureusement, depuis plus de cinq (5) mois de gouvernance, rien n’a été fait dans tous les domaines et aucun signal fort n’a été lancé à l’endroit de ce peuple. Pis, dans le domaine de la diplomatie, considérée comme la locomotive de la coopération et du développement, l’on assiste aussi à des hésitations, à des indécisions et à des atermoiements ou plus exactement à une politique de rupture dans la continuité qui laissent penser que l’on refuse de faire comme l’avait fait héroïquement un certain B. Boganda, en dénonçant au monde de son temps, les cris de désespoirs des autochtones de l’Oubangui – Chari, et en exprimant à l’endroit de l’opinion française et internationale leurs chants d’espoirs. Cette offensive diplomatique, ce combat pour l’accession à l’indépendance, ce sacrifice suprême pour ses frères et sœurs, il le paiera de sa vie dans un mystérieux accident d’avion, le 29 mars 1959.

Dès la prise du pouvoir par le président Touadéra, le 30 mars 2016, tous les combattants de la liberté, les démocrates dignes de ce nom et tous les résistants à l’occupation de notre pays par des conquistadores s’attendaient tout naturellement à ce que sa méthode fût copiée, à travers une diplomatie agressive, imaginative, payante et porteuse d’espoirs pour le peuple centrafricain. Une diplomatie visant à sortir la République centrafricaine du pré -carré français et de toutes les grandes puissances qui ont fait de la crise actuelle un véritable fonds de commerce, en tirent largement profits et n’ont pas d’intérêts à ce qu’elle prenne fin, par le réarmement et le redéploiement des forces armées centrafricaines dans nos villages, communes, sous – préfectures et préfectures. Une diplomatie agressive et imaginative de main tendue à la civilisation du numérique et aux puissances émergentes d’Asie parmi lesquelles la Chine qui doit exploiter le pétrole de Boromata et explorer d’autres champs dans l’Ouham et la Sangha – Mbaéré, afin de copier leur exemple et leur méthode. En sa qualité de puissance nucléaire, militaire et membre permanent du conseil de sécurité, en retour de nos très fortes potentialités économiques, elle aurait dû frapper du poing sur la table, comme la Russie de Poutine l’a fait en Syrie pour sauver le fauteuil du président Bachar El Assad, jadis seul contre tous, à savoir la France, les Etats – Unis et l’Otan, et in fine pousser, par son droit de veto, les auteurs de la persistance de cette crise à un rééquilibre de forces dans ce conflit en terre centrafricaine.

En signant un accord de défense, par exemple avec la Chine, Touadéra et Doubane seraient allés directement dans la voie tant souhaitée par le peuple centrafricain, celle de contourner la mesure de l’embargo sur les armes à destination de la République, celle de doter les forces armées centrafricaines dans le cadre d’une assistance technique et militaire, et celle de leur redéploiement sur toute l’étendue du territoire. Malheureusement, comme nous l’avons souligné un peu plus haut, au lieu de faire preuve d’imagination au pouvoir, M. Doubane comme son mentor, Touadéra, a décidé d’opter pour une diplomatie de la rupture dans la continuité. Une diplomatie non payante et non porteuse d’espoirs pour le peuple centrafricain.

Jean – Paul Naïba

 

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