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CENTRAFRIQUE: Terrain vague….

16 Mar

Merci de nous adresser vos impressions…

Nous nous proposons de regrouper sur ce   « terrain vague »

les témoignages de lecteurs

ayant été sensibles à notre action ou à nos commentaires.

Si des photos ou textes, ont éveillé en vous des souvenirs heureux, 

ou blessures enfoullies, faites nous les connaître…

Une route éclairée nous permettra de mieux progresser. 

***

Georges Mouillac est né en Oubangui-Chari (un vocable daté qu’il adore)

d’une oubangienne nommée Pauline, et de Jacques, un militaire français.

Dès l’âge de cinq ans, il quittera maman Pauline et sa famille africaine,

pour vivre au sein de sa famille paternelle…

Tranche de vie à découvrir sur la page 2 de son blog: « Georges Mouillac na Pauline mama ti lo »

La qualité de ce blog donnera une idée de la culture que ce fonctionnaire de l’Education Nationale

française, aura eu tout loisir d’acquérir au contact d’un parcours de vie. 

Il y est dit, le déchirement et la volonté obstinée de l’attachement à sa maman africaine…

Et, quelque part, je me reconnais en lui… je suis bouleversé par cette force qui l’habite,

cette Fidélité maternelle à laquelle je voudrais rendre homage.

 

Fidelité maternelle

Nous n’avons qu’une mère, une; une source, unique.

Certains  (et quelle torture de chaque instant, essentielle, ontologique!) , 

 ne savent pas qui c’est,     ou l’ont perdue trop jeunes.

Mais que l’on se mette à la place, par contre, de l’artiste Smaïn,

qui n’a jamais su qui était la sienne, 

et qui est pourtant venu la chercher, la « rechercher » en Algérie,

avant de s’apercevoir, qu’elle était toutes ces mères algériennes qu’il croisait alors…

Oui, mais nous n’avons qu’une mère, une seule, fût-elle humble, fût-elle analphabète, 

et c’est à elle qu’il faut rester fidèle par son engagement,

même si elle n’en saura jamais trop rien.

Ceux d’entre nous qui sont issus de la pauvreté,

de la misère, étrangers ou analphabètes, le savent bien.

Peu de mots, mais ici chaque mot, simple, chaque document, plus ou moins isolé,

venu de gens qui n’ont rien eu, ou presque rien, 

prend un relief saisissant et définitif, auprès duquel nos fades montagnes de documents,

de paperasses et nos bibliothèques de bouquins ne pèsent rien du tout.

Quand après tant d’années, le fils retrouvera sa mère,

celle-ci, sans autre commentaire, lui dira seulement:

*Tu es grand, tu es beau, tu diras merci à Jacques d’avoir bien pris soin de notre enfant*

Ces pauvres femmes, qui n’ont pas connu autre chose,

ne se rendent pas compte de l’héroïsme involontaire dont toute leur vie témoigne

et qui leur fut si naturel.

En créant le site et l’action « Pauline Femme Centrafricaine »,

le fils reste fidèle à travers les décenies, les époques, les bouleversements à sa mère et,

un peu à la manière de Smaïn, à travers elle, à toutes les femmes centrafricaines;

d’où sa dévotion à la langue sango, c’est-à-dire au langage maternel, 

au paysage oubanguien, à la nature centrafricaine…

« natura » on l’oublie un peu trop, signifie, au départ, « naissance »;

à cette terre à laquelle rester fidèle, à travers et malgré ses drames,

et à cause même d’eux.

       Daniel ARANJO 

       Professeur des Universités 

       Prix de la critique de l’Académie Fraçaise 2003 

 

       Ancien Assistant à la Faculté des lettres de Bangui (1973-1977)

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Daniel Aranjo à l’île Maurice, sep. 2011, devant la statue du poète   P-J Toulet

***

Bonjour Georges

Merci pour ce témoignage poignant et pour le travail que vous faites via votre structure.

J’espère que j’aurai le plaisir d’échanger de visu avec vous et de vous rencontrer lors de

votre prochain passage à Bangui.

Clément De Boutet-M’bamba    

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***

TALIMBI… Ils font peur!

L’Oubangui-Chari, ce fleuve adoré de mon enfance

aujourd’hui me  fait peur!… pour cause:  Le TALIMBI.

****

Dès nos premiers « retours aux sources », on s’appliqua à nous faire peur…

fais pas ci, fais pas ça… Attention DANGER!

N’approchez pas trop le fleuve, des sorciers maléfiques 

qu’on nomme iciTalimbi, pourraient vous emporter et vous noyer.

Moi dont les souvenirs du fleuve n’étaient empreints que de jeux sur les bancs de sable,

et de descentes paisibles en pirogues,en direction du pays mbwaka, 

assis entre les jambes de mon grand père maternel, Michel Kadamé…

Moi qui ne craignais et ne respectais que « Mami-Wata »!…

la divinité des eaux, partout vénérée en Afrique.

Lors d’un repas, des « cousins métis » amusés de notre frayeur, 

nous expliquèrent à mon épouse et moi, leur définition de talimbi 

 désacralisation pour le coup du mythe.

Littéralement: Ta=Marmitte,  Li=Tête,    Mbi=Moi, Mon, Ma…

Déduction: ne devrait on pas dire « zo-na-ta-ti li » ?…

Rien de sorcier… ce ne sont que de vulgaires malfrats, coiffés d’un casque de scaphandre

leur permettant de tenir en plongée…

et qui maquillent leurs crimes, souvent commandités, contre de l’argent.

Une brigade fluviale, efficace, devrait être en mesure d’éradiquer au plus tôt

ces faux sorciersvéritables bandits des eaux.

 

Georges Mouillac

***

John-John

Godobé    (enfant de la rue)

Nous en avons connu un en particulier…

Regard attendrissant de ses yeux fendus en amande, au blanc immaculé,

un sourire d’ange séducteur, aux dents parfaites.

***

Quelques années plus tard, devenu adolescent, 

il n’avait rien perdu de son charme!… (qui jouait, je m’en amusais,surtout auprès de mon épouse)

Lui seul, parmi la nuée d’enfants qui nous assiégeaient chaque jour,

lui seul, était en droit de nous taxer. Nous étions sa propriété, et celà nous satifaisait bien,

protégés que nous étions, de l’ensemble de la horde guenilleuse.

Il n’avait rien de famélique et pourtant il nous re servait son refrain:

« papa, maman, j’ai faim »

Ses yeux riaient de sa comédie, il nous en rendait complice…

et nous acceptions de jouer en pleine rue, au vu de tous,

chacun notre rôle: lui, le gavroche mendiant, et nous, les passants généreux…

Trop occupés à bâtir le Centre Pauline,

nous n’avions pas programmé une action en faveur des « godobés »…

Alors, vitement, nous nous soulagions d’un peu de monaie,

ou d’une patisserie achetée en sa compagnie, chez un libanais proche.

***

Préalablement implanté au parking du marché central du Km 0,

la petite bande d’enfants des rues venait de se délocaliser

au carrefour de Télécel et du Grand Café sur l’avenue Boganda

***

un « fauteuil roulant de la rue », vient à notre rencontre…

« Bonjour monsieur Georges,je voudrais vous informer que

votre ami John-John est incarcéré à Ngaragba ».

l’infirme au fauteuil roulant souhaiterait que nous lui rendions visite en prison…

mais je subodore que cet intérêt porté à john-john par des « mundju de passage »

n’ayant avec lui aucun lien familial, risque de voir grimper sa cote 

sur le marché des bakchichs

le délit apparemment  semble mineur, et sa libération ne devrait pas tarder…

***

Lors de la dernière mission de l’année, pile – poil devant le Grand Café,

nous voyons venir à notre rencontre, toujours aussi souriant,

notre ami John-John, notre godobé chouchou.

Nous prenons de ses nouvelles sans demander compte 

de la nature du délit qui l’envoya en prison, et nous fendons d’un billet de retrouvaille,

sans omettre le puéril sermon de circonstance:

« j’espère que ce petit séjour en prison t’aura fait prendre conscience 

des dangers du désoeuvrement dans la rue, et que tu vas essayer de trouver 

un petit job bien honnête… »

Quand le 6 décembre nous avons quitté Bangui, 

notre ami John-John n’avait toujours pas lâché son carrefour stratégique…

Il nous taxa sans vergogne, à chacune de nos rencontres…

toujours avec son sourire désarmant.

***

Que pouvons nous faire de concret…  nous aussi,

pour les enfants des rues?…

Nous savons bien qu’il existe des organismes spécifiques à cette cause, mais voilà…

il y a si longtemps que vous et nous, croisons des John-John 

et nous continuons nos bla-bla de « grands bavards »,  « kota yanga »,  sur la toile…

Pondeurs à tout va de belles analyses…

Kota yanga (grande gueule) conseillère, moralisatrice, professorale, doctorale…

en des termes que nous pensons bien ciselés, pour nous faire mousser…

« Moi y en a bien parler…   écrire le français »    (Oui, parfois j’ai honte!…)

instant de gloire consécutive à une prise de parole sur le net…

éphémère, sans lendemain palpable… 

***

Pardon pour cette impuissance dévoilée…

Ne serions nous que des KOTA YANGA, 

des KOTAZO d’opérette?

(diaspora, lèves toi vraiment pour ton pays!)

Georges Mouillac

 
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Publié par le 16/03/2016 dans Uncategorized

 

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