Malgré tout, la Côte d’Ivoire aussi. Ce 13 mars 2016, la cité balnéaire de Grand-Bassam avait donc, aux alentours de 13 heures, des allures de faux Armageddon : tirs nourris de 3 ou 4 assaillants d’Aqmi, corps ensanglantés étendus sur la berge de sable, cavalcade, panique, suivie de fuite désordonnée en même temps que trois hôtels étaient pris pour cible par ces mêmes assaillants dont la célèbre Etoile du Sud, hôtel très prisé des Ivoiriens et expatriés amoureux de farniente dominical, transformé, à l’occasion, en cauchemar sanglant.  

On le savait. On le prédisait. Après Bamako et Ouaga, Abidjan et Dakar étaient dans leur ligne de mire. Les mesures ont été prises. Tout ce qui pouvait être considéré comme “vaccin préventif” a été fait. On pensait le pire évité, après les échauffourées aux frontières du pays, notamment avec le Mali.  

Depuis plusieurs mois, l’Afrique de l’Ouest est sous l’œil des terroristes (en particulier d’Aqmi), notamment au Radisson Blu, le 20 novembre à Bamako, et au Splendid Hôtel et au Cappuccino à Ouagadougou en janvier 2016. Cette énième barbarie rappelle l’autre innommable de Sousse, perpétrée en Tunisie. Ce jour-là aussi, comme sortis du néant, des terroristes tuaient gratuitement d’innocents touristes venus se requinquer après des mois de labeur. A Grand-Bassam, à quelques nuances près, et comme dans le cas des séismes où on parle de réplique tectonique, on peut évoquer un semblant d’effet domino. Mali, Burkina, Côte d’Ivoire… à qui le tour ?

En effet, la Côte d’Ivoire s’était préparée, après que le Mali et le Burkina eurent leur “visite” de djihadistes : c’est ainsi que tous les coins névralgiques furent sécurisés : grands hôtels, restaurants huppés, bâtiments officiels et représentations étrangères sont gardés. Tous ceux qui font le tour à Cap Sud, ou à Cap Nord, dans la cité bannière d’Assinie, au Al Hayat, ou dans certains bâtiments du Plateau voient les forces de sécurité armées qui “cernent les lieux”.

Mais, on ne s’attendait certainement pas à ce qu’ils agissent à ciel ouvert. Sur une plage. Face à la mer et sous un beau soleil où des hommes, des femmes et des enfants n’aspiraient qu’à vivre heureux et à profiter de quelques instants de fraîcheur, avant de retourner à la vie trépidante des villes. Mais apparemment, les terroristes Aqmi ne savent pas ce que c’est.  

Pour eux, la vie n’est pas possible, sans qu’ils ne viennent ajouter leur grain de terrorisme et de terreur. Il est inutile de vouloir faire entrer un grain de lucidité dans un tonneau plein à ras bord d’absurdité et de ridicule.  

Vigilance sous-régionale

Aqmi a donc réussi à accrocher un autre de ces macabres trophées à son non moins macabre tableau de chasse. Après les hôtels du Mali et du Burkina, il lui fallait un autre lieu public en Afrique de l’Ouest pour prouver aux sécurocrates sous-régionaux que le groupe terroriste mérite de figurer parmi les minables vassaux aux turbans maculés de sang, des grands djihadistes. Prévision, précaution et protection, malgré ces trois P, la Côte d’Ivoire y est passée aussi.  

Terrrorisme : Ouagadougou à son tour prise pour cible

Aqmi a donc frappé encore, et cette plage, lieu symbolique d’une Côte d’Ivoire qui se savait menacée, mais qui ignorait où et quand la pieuvre étendrait sa branche visqueuse et mortelle, ce front de mer à 40 km d’Abidjan donc, vient encore grossir le nombre de lieux où Aqmi a choisi de semer sa propension morbide. Comme pour rire de toutes ces mesures antiterroristes ! Ce qui ne doit point arrêter l’Afrique de l’Ouest à mutualiser ses efforts, de concert avec la France et les USA, pour faire front à cette menace perpétuelle à des peuples.  

L’hydre djihadiste est donc à Abidjan, car Grand-Bassam, c’est quasiment Abidjan, et le qui-vive dans lequel était le pays d’Houphouët doit s’intensifier.  

Dans cette Côte d’Ivoire, seconde patrie de la communauté française, et terre de prédilection de nombreux Européens, on doit désormais miser sur la coopération avec les partenaires régionaux et occidentaux dans le domaine du renseignement et de la riposte au quart de tour, car la marque de fabrique de ces djihadistes est leur attaque à l’improviste qui désarçonne.  

Mais les forces de défense et de sécurité ivoiriennes ont prouvé qu’elles sont prêtes à guérir. Leur rapidité d’intervention force l’admiration et a, sans doute, permis d’éviter un bilan plus lourd. Cette attaque vient montrer qu’il n’y a désormais plus de risque zéro face à la menace terroriste. La vigilance doit être dorénavant à toute épreuve.

Le Sénégal doit se préparer

A ce propos, Abidjan doit être en alerte permanente, car la diversion semble être le fort d’Aqmi. On se rappelle les attaques “accessoires” au Burkina, avant le coup de fouet en plein cœur de Ouagadougou. Plus qu’Abidjan, ce sont toutes les autres villes de l’Afrique de l’Ouest, à commencer par le Sénégal, qui doivent désormais accentuer leur vigilance. L’ennemi se comporte désormais comme un chasseur en quête de trophées. Il faudra tout faire par ne pas lui donner cette occasion. Et cela doit commencer par une collaboration étroite entre les différents pays. C’est désormais la seule alternative qui semble viable.

Sans jouer aux oiseaux de mauvais augure ou faire du journalisme anecdotique, le Sénégal doit se préparer, car selon les spécialistes, après le Mali, le Burkina, ce sera au tour de la Côte d’Ivoire et du Sénégal. La question, c’était de savoir, qui de la Côte d’Ivoire ou du Sénégal serait le premier. On est désormais fixé. Le Sénégal, bien que sous la percée de salafistes, vit un islam noir et modéré ou cohabitent de puissants mouvements maraboutiques. Mais avec ces fous d’Aqmi, le Sénégal doit se préparer.  

Ahmed Bambara